les critiques

Marionnettes sous chapiteau

En ouverture du festival MAR.T.O., à l’Espace cirque d’Antony, Dans l’œil du judas, porté par l’énergie collective du Rugissant.

Il y a la musique de Natacha Muet, chapeau haut de forme et robe de velours derrière son petit piano crapaud qui à l’occasion fait joliment office de castelet. Il y a la belle énergie collective d’une compagnie de théâtre forain qui affectionne la vie de tréteaux. Une histoire de bande, une histoire de copains de cour de récré devenus compagnons de route.
Il y a aussi l’impressionnant dispositif de cet immeuble en coupe, on pense à La Vie mode d’emploi de Georges Perec, qui montre l’envers du décor d’un voisinage pas vraiment recommandable. Un voisinage mortifère où le groupe fait pression sur l’individu et se nourrit de la rumeur et du malheur d’autrui. Mais qui n’aura heureusement pas raison de l’amour de deux enfants qui se retrouveront bien des années après.
Et ces retrouvailles offrent l’une des plus belles scènes du spectacle, lorsque les deux amoureux devenus vieux s’octroient enfin des caresses. Et de voir ainsi deux marionnettes de vieux nues sur un plateau est une chose rare et belle.

Les corps hybrides de Duda Paiva

Le danseur et marionnettiste néerlandais passe la comédie musicale américaine à la moulinette de ses fantasmes grimaçants.

Le pas de deux inaugural met les points sur les "i" : Duda Paiva n’est pas un danseur passé à la marionnette. il est marionnettiste parce que danseur. Véritable prolongement de son corps, ses créatures en matière souple, qu’il distord à plaisir, reflètent un questionnement de longue date autour du corps, de la danse et du mouvement. C’est d’ailleurs lui qui créé ses marionnettes, expérimentant des mousses toujours plus extensibles, plus malléables. La manipulation chez Duda Paiva tient du corps à corps où l’interprète est en première ligne.
Tel un Dr Frankenstein dans son laboratoire ou un Faust nouvelle manière, il joue avec la création, triture bras et jambes, décapite et remonte en dépit du bon sens : ainsi la sorcière verte qui émerge de la table d’opération se retrouve-t-elle avec une tête de chien, voire un corps de chien à la place de la tête. Quand ce n’est pas une grosse masse rouge qui par un tour de passe devient face de crapaud. Fasciné par les zones troubles, Duda Paiva a néanmoins beaucoup d’humour et l’art de retourner la réalité comme un gant.

Et s’il subsiste ici quelque chose du Magicien d’Oz — un air qu’on sifflote, une paire de souliers rouges — c’est d’avantage de l’ordre de la trace, de la réminiscence fétichiste que de la référence. Il y a dans Malédiction, une énergie très sexuelle et très enfantine à la fois, l’un n’excluant pas l’autre au contraire, un geste libératoire porté par une manipulation extrêmement fine.
Et lorsqu’il accouche sa créature pour se retrouver aux prises avec une main géante qui pourrait être celle de la créature devenue démiurge, c’est à se demander qui manipule qui. Bon prince, il finit par offrir un cœur à sa créature avant de la rendre à ses limbes. Bien joué !

Le Rhinocéros à l’Elysée

le spectacle d’Ivan Fox et Claude Semal se joue encore ce soir au Théâtre Jean Arp de Clamart. Et comme vous pourrez le voir, ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère.

Serait-ce qu’à force d’entendre des blagues belges, les deux compères de la Charge du Rhinocéros (le nom de leur compagnie) ont décidé de nous retourner gentiment la politesse ? les (més)aventures du locataire de l’Elysée les ont en tout cas bien inspiré.
Non seulement Claude Semal (auteur et acteur manipulateur) et Ivan Fox (marionnettiste et acteur manipulateur) ont beaucoup d’humour, mais ils ont surtout l’intelligence et le tact pour ne jamais tomber dans le graveleux. Le texte recèle de véritables perles et leur duo complice offre de très beaux moments scéniques, dans la grande tradition des caricaturistes de tréteaux. La petite scène facilement démontable et les panneaux de décors sont d’ailleurs en bois gravés.
Reste à voir si l’histoire se termine comme ils le prédisent .... Méchant !


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Nuit de la marionnette : un succès !

Une deuxième édition réussie qui inscrit l’événement dans la durée.

Plus de monde que l’an dernier, un peu de bousculade au démarrage en raison d’un problème informatique mais un retard vite rattrapé et des spectateurs ravis par la qualité et la diversité des spectacles. Beaucoup avaient dans leur besace assez de vivres pour faire le siège du Théâtre Jean Arp toute la nuit... On se souviendra de la très belle ouverture de soirée dans la grande salle avec Le T de N – 1, spectacle insolite des Ateliers du spectacle nouvelle génération, à partir des livres de Clémence Gandillot, artiste scénographe, graphiste et poète qui révèle ici une étonnante présence en scène. Une belle découverte avec le Laboratoire itinérant Conte et objets installé dans les plus petits recoins du théâtre. On se souviendra longtemps du Petit Poucet d’Olivier Lettelier sur un coin de table.


Nuit de la marionnette
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De l’ambiance dans les bureaux avec la bande de Scopitone, toujours prêts à se déhancher sur quelques tubes — "qui ne danse pas ne rentre pas — (d’Elvis Presley à Plastic Bertrand) avant d’attaquer les contes à la hache de l’humour noir : le chasseur serait ainsi le gigolo de la grand-mère ? du moins si l’on a bien suivi leur version du Petit Chaperon rouge… Les froufrous plein de malice de la S.O.U.P.E.Sous le jupon et Au plaisir d’offrir, pris d’assaut ! — et les saynètes miniatures de la Gare Centrale, les deux compagnies guest star, ont fait des heureux tout au long de la Nuit. Bravo au Polichineur d’écritoire, et bravo à ceux qui l’ont suivi, pour avoir braver des températures polaires dans le marché couvert, sous le théâtre. Il est vrai que lorsqu’on est captivé par un spectacle, on ne se rend compte ni des conditions ni du temps qui file. La preuve : ils étaient encore 180 à 5h du matin et une centaine à assister au final à 6h avec la compagnie Là où — que l’on a pu croiser tout au long de la soirée avec leurs propositions de papier— et petit-déjeuner … Le Théâtre jean Arp est quitte pour rempiler en 2011 !