Les corps hybrides de Duda Paiva

Le danseur et marionnettiste néerlandais passe la comédie musicale américaine à la moulinette de ses fantasmes grimaçants.

Le pas de deux inaugural met les points sur les "i" : Duda Paiva n’est pas un danseur passé à la marionnette. il est marionnettiste parce que danseur. Véritable prolongement de son corps, ses créatures en matière souple, qu’il distord à plaisir, reflètent un questionnement de longue date autour du corps, de la danse et du mouvement. C’est d’ailleurs lui qui créé ses marionnettes, expérimentant des mousses toujours plus extensibles, plus malléables. La manipulation chez Duda Paiva tient du corps à corps où l’interprète est en première ligne.
Tel un Dr Frankenstein dans son laboratoire ou un Faust nouvelle manière, il joue avec la création, triture bras et jambes, décapite et remonte en dépit du bon sens : ainsi la sorcière verte qui émerge de la table d’opération se retrouve-t-elle avec une tête de chien, voire un corps de chien à la place de la tête. Quand ce n’est pas une grosse masse rouge qui par un tour de passe devient face de crapaud. Fasciné par les zones troubles, Duda Paiva a néanmoins beaucoup d’humour et l’art de retourner la réalité comme un gant.

Et s’il subsiste ici quelque chose du Magicien d’Oz — un air qu’on sifflote, une paire de souliers rouges — c’est d’avantage de l’ordre de la trace, de la réminiscence fétichiste que de la référence. Il y a dans Malédiction, une énergie très sexuelle et très enfantine à la fois, l’un n’excluant pas l’autre au contraire, un geste libératoire porté par une manipulation extrêmement fine.
Et lorsqu’il accouche sa créature pour se retrouver aux prises avec une main géante qui pourrait être celle de la créature devenue démiurge, c’est à se demander qui manipule qui. Bon prince, il finit par offrir un cœur à sa créature avant de la rendre à ses limbes. Bien joué !