La nuit de la marionnette 2011

Noctambules à vos marques !
Marathon festif pour amateurs d’événements et de formes manipulées en tout genre, la Nuit de la marionnette ouvre en beauté la douzième édition du festival MarT.O.
Du crépuscule au petit jour, une douzaine de compagnies s’approprieront l’espace du Théâtre Jean Arp à Clamart, du parvis jusque dans les coulisses, en passant par la scène, la salle de cinéma, le bar, le parking ou les escaliers, pour vous tenir éveillés…
Au menu de cette nuit blanche très animée, une quinzaine de spectacles, formes courtes et impromptus. Des créations où, pour la plupart, des propositions encore inédites en Île-de-France, qui offriront une assez large idée de la créativité de la marionnette contemporaine. Le tout pour un prix plus que modique (20€ la nuit !).
Un conseil : prévoyez les munitions (sandwich et petites vivres pour tenir jusqu’à 6h).

Présente il y a deux ans à l’affiche du festival Mar.T.O. avec Crowning glory, Colette Carrigan aboutira sa nouvelle création, 36eme Dessous, lors de cette 3e Nuit de la marionnette. Cette créatrice anglaise installée en France qui mêle marionnettes, théâtre d’objets et ombres possède des qualités de manipulation tout à fait rare.
Présent lui aussi lors de la première édition de la Nuit, Gilbert Epron et sa compagnie le Grand Manipule embarquera le public à bord de ses bricolages loufoques dont le titre, L’Auto vélocipédie manipulatoire, est loin d’épuiser la surprise. Avec ses Entretiens d’embauche, Grégoire Ingold convoque toute une galerie de marionnettes à gaine en castelet pour mieux interroger la réalité (l’absurdité ?) du monde du travail.
Pionnier du théâtre d’objet, Christian Carrignon du Théâtre de cuisine nous en livrera toutes les ficelles ou presque lors d’un spectacle en forme de vraie fausse conférence à tiroirs, Le Théâtre d’objet : mode d’emploi.
La jeune compagnie Karyatides, issue du cocon des “squattages poétiques” de la compagnie belge de la Gare centrale d’Agnès Limbos, s’installe à Clamart avec un dyptique autour de deux grandes figures de l’amour. Madame Bovary qui mêle poupée et silhouettes de papier éclairées à la bougie pour dérouler un roman photo à l’eau de rose et Carmen qui convoque l’esprit du flamenco dans un impressionnant décor miniature, kitsch et flamboyant.
Forme brève et burlesque, Erotic’ Michard, tour de danse d’une marionnette à taille humaine présentée par la Succursale 101, donne à voir un numéro d’effeuillage d’une pro plus toute jeune et plaide pour un droit au frisson charnel bien au-delà de l’âge de la retraite.
La compagnie Rodéo donne également dans le format court avec Solo Ferrari, créé par Simon Delattre à l’École supérieure des arts de la marionnette de Charleville-Mézières, qui évoque la figure tragique de Lolo Ferrari, cette femme qui passa son existence à se faire faire une poitrine toujours plus volumineuse… _ Dans un genre moins licencieux, [Monsieur Watt, de la compagnie La Torgnole, présente une jolie courte forme sur table de nuit pour tout public autour de la vie secrète d’une ampoule bien décidée à se libérer de sa lampe de chevet. Fondé il y a une douzaine d’années par des comédiens, des marionnettistes, des circassiens et des musiciens, la compagnie de la Valise déboule avec deux spectacles très différents : les Reliquats, à l’univers de conte autour d’un goûter fastueux, de rêves enfouis et d’une reine oubliée et L’Aurore où sur un plateau de cinéma miniature, le comédien manipulateur reconstitue quelques séquences du film L’Aurore , chef-d’œuvre de Murnau tourné en 1927. Entre spectacle de rue, théâtre d’objets et cabinet de curiosité, La Ménagerie, de la compagnie belge Defo, ravive un univers très XVIIIe siècle avec costumes et perruques pour interroger de manière quelque peu provocante les mécanismes de pouvoir. Créé à la Chaux-de-fonds, en Suisse, par Andrea Novicov, Dernier thé à Baden Baden, illustre la trajectoire d’un « agent double de père en fils », dans l’univers visuel de Plonk & Replonk, un collectif de créateurs qui travaillent le photomontage humoristique. Quant à La Symphonie électro ménagère, rien de tel pour se maintenir en éveil puisque cette installation sonore débridée, où les appareils ménagers deviennent d’improbables instruments de musique, convie le public à tester lui-même la sonorité des objets.

Comme lors des deux premières éditions, le public est invité à s’inscrire dans des groupes. L’accueil a lieu dès 20h, pour un début de soirée à 20h30. Inutile de préciser qu’il vaut mieux arriver tôt.
Bonne Nuit !

Maïa Bouteillet