L’ENVERS DU DÉCOR

Yeung Faï | marionnettes

HAND STORIES
2 & 3 déc à 20h30
durée 1h
Théâtre de la Piscine | Châtenay-Malabry

Qui n’a jamais vu Yeung Faï faire virevolter ses personnages n’a jamais vu de marionnettes à gaine !

Les différents extraits de l’Opéra de Pékin présentés dans Hand stories sont tout bonnement à couper le souffle. Virtuoses donc, mais aussi poignants, car ce qu’on découvre dans la foulée c’est que cet art transmis de père en fils a bien failli disparaître au moment de la révolution culturelle en Chine. L’histoire douloureuse que raconte Faï, la mort de son père, l’exil de son frère et le sien, fut également celle de nombreux autres artistes. Et la situation reste difficile aujourd’hui en Chine. Pour en témoigner, il ose ce qu’aucun marionnettiste de la grande tradition ne risquerait : sortir de son castelet et montrer l’envers du décor, fut-il sombre ! Ce faisant, il rend un bel hommage à ces artistes de l’ombre et de l’abnégation, serveurs d’une des disciplines les plus ardues. Il faut des années d’apprentissage pour obtenir la beauté du geste de Yeung Faï. Lui, a commencé à quatre ans, apprenti aux côtés de son père, et n’a pas touché une seule marionnette durant un an : on ne devient pas marionnettiste comme ça. On pressent tout cela dans cet écart entre l’index et le majeur qu’il pratique en ouverture comme un exercice rituel en bord de scène et que Yoann Pencolé — jeune marionnettiste issu de Charleville Mézières qui travaille avec l’artiste chinois depuis des années — reprend en fin de spectacle à son compte comme pour boucler la boucle de la transmission.

C’est la première fois donc que Yeung Faï sort de son castelet — il a passé quelques années à Strasbourg à travailler pour Grégoire Callies, là encore dans l’ombre — révélant au jour ses indéniables talents d’acteurs. Yeung Faï possède en effet l’extraordinaire capacité d’exprimer une foule de choses pour le seul mouvement de son visage. Cette sortie du castelet n’est-elle pas comme une seconde naissance artistique ? Libéré de la convention Yeung Faï a su conduire sa dramaturgie avec une économie de signes exemplaires pour atteindre à une rare intensité.

Hand stories a déjà beaucoup tourné depuis sa création, il y a un an, gageons qu’il n’est pas près de s’arrêter !

Maïa Bouteillet

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4©MARIO DEL CURTO

scénographie, marionnettes, conception Yeung Faï | musique Colin Offord | conception vidéo Yilan Yeh | assistanat Yoann Pencolé | lumière Christophe Kehrli | regard extérieur Pauline Thimonnier | conseiller artistique Thierry Tordjman

production Théâtre Vidy-Lausanne | coproduction Théâtre Jeune Public de Strasbourg – CDN d’Alsace - Théâtre des Marionnettes de Genève | avec le soutien de l’Institut International de la Marionnette de Charleville-Mézières
Théâtre de la Piscine à Châtenay-Malabry