RIDEAU SUR UN BELLE ÉDITION

LES DERNIERS COUPS DE MARTO SE JOUERONT CE WEEK-END AVEC, TOUJOURS À L’AFFICHE LES MAINS DE CAMILLE OU LE TEMPS DE L’OUBLI, CRÉATION MAGISTRALE DE CE FESTIVAL, MAIS ÉGALEMENT SIGNAUX DE LA JEUNE ARTISTE NORVÉGIENNE YNGVILD ASPELI, LÀ ENCORE RÉVÉLATION DE CETTE ÉDITION 2012 ;

Le rideau n’est pas encore baissé que l’on peut d’ores et déjà tirer un bilan extrêmement positif de ce MARTO-ci. Pour revenir sur la Nuit de la marionnette qui fut particulièrement réussie — inaugurée en beauté par Bastard ! de Duda Paiva — saluons l’initiative d’inviter les élèves de l’ESNAM (école de la marionnette de Charleville-Mézières) à intervenir entre les spectacles, et espérons qu’ils reviendront l’année prochaine. Leur présence a eu pour effet de faire le lien et d’ajouter une dimension festive indispensable, en particulier à ces toutes premières heures de la matinée où la fatigue se fait sentir et où, ayant pour la plupart perdu leur groupe, les spectateurs se mettent à errer dans les couloirs, désœuvrés, épuisés… Au vu du nombre de jeunes gens qui ont pris la navette ce soir-là, chargés de vivres et bien décidés à passer la nuit au théâtre Jean Arp, on peut décréter que la Nuit de la marionnette est désormais assurément inscrite dans le paysage.

Pour ce qui est de l’ensemble du festival, il faut souligner la qualité et la diversité des différentes propositions, portées pour la plupart par des artistes au fort tempérament, souvent venus d’ailleurs. On pense particulièrement à Polina Borisova, à Jani Nuutinen ou à Renaud Herbin
Création remarquée de ce festival, Les Mains de Camille ou le temps de l’oubli, prouve une fois encore que la marionnette est un art majeur, capable de porter une histoire forte, de véhiculer des émotions en même temps que de la pensée. De plus en plus ambitieux dans leurs projets, Les Anges au plafond ont largement relevé le défi que posait le traitement de la tragédie de Camille Claudel sur un plateau. Ils se sont totalement emparés de l’histoire (une nouvelle fois, Brice Berthoud s’avère un auteur de talent) et ont joué de toutes les ressources du plateau pour nous la transmettre. Un grand et beau spectacle, donné dans un rapport idoine aux spectateurs…qui, comme Œdipe, devrait tourner un bon bout de temps. Les dernières représentations sont complètes, mais sachez qu’une promenade au musée Rodin est proposée ce samedi 8 décembre, centrée sur les œuvres de Camille Claudel et sur sa recherche artistique.
La Norvégienne Yngvild Aspeli, qui ferme la marche, est une jeune artiste qui mérite qu’on s’y intéresse. Signaux, son premier spectacle — adapté d’une nouvelle de son compatriote Bjarte Breiteig et mis en chantier alors qu’elle était encore à l’école de Charleville-Mézières — avance par petites touches délicates pour toucher à l’indicible. Gageons que l’on reparlera d’elle dans les années qui viennent…

Maïa Bouteillet