Tel un boxeur sur le ring

Trilogie Cirque d’Objets

La Trilogie cirque d’objets de Jani Nuutinen entraîne le public d’un chapiteau à l’autre, entre apéro, spectacles et after, du crépuscule jusque tard dans la nuit.

INTERVIEW


Cheveux et barbe à la blondeur scandinave, bouille toute ronde et charentaises aux pieds… Ainsi va Jani Nuutinen, invariablement souriant. Personne généreuse et personnage déjà. Auteur et seul protagoniste de cette Trilogie cirque d’objets, le fondateur de Circo Aereo aime à arpenter les abords de ses chapiteaux en peignoir, tel un boxeur prenant son bain de foule juste avant de monter sur le ring. Car le rapport au public est la clé de voûte du cirque forain réinventé par l’artiste finlandais. C’est pourquoi cette trilogie atypique se présente comme une soirée à partager entre amis ou en famille, et non comme un simple spectacle. Une soirée d’un chapiteau à l’autre et qui peut se prolonger jusque tard dans la nuit, si l’ambiance prend autour de l’incroyable collection de vinyles de Jani.

Aussi s’est-il acoquiné avec un duo de clowns cordons bleus pour mitonner la soirée aux petits oignons. Avant et pendant les spectacles, les deux filles de la compagnie Ap’nez— qui ont aménagé leur roulotte en une improbable cuisine — préparent entrées, plats et desserts du jour pour une bonne centaine de spectateurs. Dans chaque ville où la trilogie est programmée, elles dénichent des producteurs bios pour acheter de quoi remplir les assiettes… et on peut dire, sans tout dévoiler, que leurs recettes ne manquent pas d’originalité !
Mais reprenons au début. Qu’est-ce au juste que ce cirque d’objets ? Artiste passé chez Annie Fratellini et issu du CNAC (centre national des arts du cirque) Jani Nuutinen est avant tout un bricoleur, un dénicheur d’objets, un inventeur touche-à-tout pour qui la création débute par la fabrication : des objets de jongle à la scénographie et la lumière en passant par les chapiteaux eux-mêmes, Jani a tout construit (avec l’aide tout de même de quelques complices). À Nexon, où il a désormais arrêté sa roulotte et où il est artiste associé au pôle cirque, il a récemment acquis un ancien garage pour y aménager son atelier. C’est là qu’il a conçu ce projet qui ne ressemble à rien d’autre mais qui n’est pas sans évoquer les spectacles forains de la fin du XIXe siècle.

« Juste », est le qualificatif autour duquel s’articulent les trois éléments de cette Trilogie qui se déroule sous trois chapiteaux rouge et blanc, du plus petit au plus grand. L’histoire a démarré en 2007 par Un Cirque tout juste : quelques objets, un peu de musique, une vieille roulotte et un parquet de bal circulaire, il était tout seul avec peu de moyens, sur un scénario minimal, c’était donc tout juste un cirque. Puis selon la même déclinaison, ce fût un Cirque plus juste, au sens presque socio-économique, car Jani était devenu un artiste récupérateur. Et finalement, puisque le spectacle se déroule sous un tout petit chapiteau pour trente personnes au maximum, c’est un Cirque juste juste. Cette dernière création, qui est celle par laquelle on entame le parcours en demi groupe, diffère grandement des deux autres mais on ne gâchera pas la surprise. Ce qui est juste surtout dans cette histoire c’est la présence généreuse qu’installe Jani Nuutinen, l’univers peuplé de fantômes qu’il trimballe et la poésie qui s’en dégage.

Maïa Bouteillet

LA PRESSE EN PARLE