Clamart

LE POIDS DES ANS

GO ! | 27 nov › 2 déc

AVEC GO ! POLINA BORISOVA JOUE D’ORES ET DÉJÀ DANS LA COUR DES GRANDS.

Elle est extraordinaire Polina Borisova !

Dès l’instant où la jeune artiste de 33 ans apparaît sur le plateau, le pas traînant, les cheveux blanchis et le corps courbé par les ans, à n’en pas douter, elle est cette vieille femme au soir de sa vie. Sa marionnette c’est elle, ce corps usé qu’elle endosse en une véritable métamorphose. Bien sûr, il y a le masque qui transforme le visage poupin mais l’âge est passé par tout le corps : la démarche dandinante — provoquée, on l’imagine, par des douleurs de hanche — lente et mal assurée, le dos tassé et la maladresse des doigts — l’adresse des gestes de l’artiste pour signifier la maladresse de son personnage… Polina Borisova a longuement mûri son sujet.
Et puis il y a cette façon incroyable de convoquer tout un monde à coup de ruban adhésif. Outil qu’elle manie avec souplesse, comme le graphiste son crayon. Car c’est bien de dessin dont il s’agit ici, réalisé sur l’espace d’un rideau noir où le trait tient lieu de mot.

L’histoire de Go ! est simple mais elle est nourrie d’une ample réflexion et d’une compassion qui n’empêche pas l’humour. Dans la solitude de sa vieillesse, une femme se souvient de sa vie passée, de toutes nos vies. D’un îlot de lumière à un autre — cette lumière qui faiblit avec le grand âge — le personnage tire le fil de ses souvenirs, convoque les amis, les amours enfuis, recolle les morceaux. La silhouette d’un homme, un poêle à bois dans lequel on enfourne un paquet de lettres, une valise marquée par le grand voyage de la vie, un chat à la fenêtre et des petits crayons d’écolier qui dansent… La bande-son où l’on perçoit des chants soviétiques vient en renfort du jeu scénique pour réveiller notre imaginaire. Polina Borisova manie l’ellipse et le détail en orfèvre, avec la précision de quelqu’un qui a déjà beaucoup travaillé. Go ! est le premier spectacle que la jeune marionnettiste russe signe de A à Z en vraie condition professionnelle mais elle a déjà un solide parcours artistique derrière elle. Née à Omsk, en Sibérie, au sein d’une famille de marionnettistes sur trois générations, elle a étudié la conception et la fabrication des marionnettes à l’Académie nationale d’art théatral de Saint-Peterbourg et participé à différents projets artistiques avant d’intégré la septième promotion de l’École supérieure des arts de la marionnette de Charleville-Mézières en 2005. C’est là que Polina Borisova a perfectionné son jeu d’actrice et de clown, son approche très physique de la marionnette.
On sort de Go ! avec la touchante certitude d’avoir assisté à la naissance d’une grande artiste.


Maïa Bouteillet


INTERVIEW

LA PRESSE EN PARLE

LE CRÉATEUR PAR LES SENTIMENTS

PYGMALION MINIATURE | 27 nov › 2 déc

AVEC PYGMALION MINIATURE, RENAUD HERBIN PROPOSE UNE PETITE FORME INTIMISTE QUI INTERROGE LE LIEN ENTRE L’ARTISTE ET SA CRÉATURE.

INTERVIEW

Marionnette contemporaine, telle est la mention associée au nom de la compagnie LÀ Où. Preuve que la marionnette pour Renaud Herbin est un terrain permanent d’expérimentation, qui n’est d’ailleurs pas attachée à une forme en particulier. Et c’est bien aussi ce que nous raconte son Pygmalion miniature, qui, au-delà de la fable d’Ovide, explore de très délicate façon toutes les facettes de la relation du créateur à sa créature, du vivant à l’inanimé. Comment insuffler de la vie à de la matière inerte ? La question travaille évidemment tout marionnettiste.
Et il n’est pas fortuit de signaler que le jeune artiste a créé ce solo peu avant sa nomination à la direction du TJP Centre dramatique d’Alsace, à la suite de Grégoire Callies — inaugurant ainsi (avec Johanny Bert nommé un an auparavant à la direction du CND de Montluçon) l’ascension d’une nouvelle génération de marionnettistes et la nouvelle visibilité d’un art de la scène qui, jusque là, peinait à se faire entendre. Renaud Herbin est aux commandes du TJP depuis un an mais il n’en a pas pour autant oublié ses camarades de compagnie,Julika Mayer et Paulo Duarte avec lesquels il a fondé Là où, à la sortie de l’école de Charlevilles-Mézières. Leurs échanges, essentiels dans le parcours artistique de chacun, se poursuivent aujourd’hui d’une autre manière mais les vieux complices ne sont jamais loin. Et c’est en complicité avec d’autres artistes aussi — en organisant des workshop, des résidences, des échanges avec d’autres structures (école d’architecture, TNS…) — que Renaud Herbin entend mener sa nouvelle aventure à la tête du TJP. Corps, objets, images… autant de territoires complémentaires qui font le socle des laboratoires menés à Strasbourg. À MARTO, Renaud Herbin était déjà venu, en 2010, lors de la Nuit de la marionnette, où il avait là encore profité de l’occasion pour mener des expériences, cette fois autour du papier. À son “Pygmalion miniature”, succèdera bientôt un Actéon miniature, toujours tiré d’Ovide et de ses Métamorphoses… Vaste terrain de questionnemment pour le théâtre de marionnettes.

Maïa Bouteillet

LA PRESSE EN PARLE

La Nuit de la Marionnette

SAMEDI 24 NOVEMBRE

AU THÉÂTRE JEAN ARP DE 19H30 À L’AUBE

LA NUIT DE LA MARIONNETTE EN VIDEO

LA NUIT DE LA MARIONNETTE EN PHOTOS

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+de photos

Pour la quatrième année consécutive, partout dans le théâtre (scène, hall, bar, loges, bureaux) mais aussi dans le marché couvert et sur le parvis, c’est l’effervescence et le bouillonnement d’une nuit blanche singulière qui se joue au gré d’une déambulation spectaculaire.
Lors de cette Nuit à nulle autre pareille, prioritairement destinée au public adulte, plus d’une dizaine de troupes se côtoient, parmi lesquelles de grands noms de la marionnette et du théâtre d’objets ou de jolies découvertes ; les uns et les autres offrent un panorama haut en couleur de tout ce qui existe en la matière.

BASTARD ! | Dudapaiva (Pays Bas)
Duda Paiva | Marionnette portée, danse, illusion

L’AUTRE | Claudio Stellato Company (Belgique)
Claudio Stellato | objet, cirque, illusion

PAPER CUT | Yaël Rassoly (Israël)
Yaël Rasooly et Lior Lerman | théâtre d’objet et de papier

LA GALERE | Compagnie Bakélite
Olivier Rannou - Alain Floc’h- Gaëlle Héraut | théâtre d’objet waterproof

LA ROUTE | Compagnie Anonima Teatro
Edwige Pluchart | carambolage marionnettique

BAG LADY The Bag Lady Theater (Espagne)
Ana Szkandera | marionnette

UNE VESTE DE PYJAMA | La vache bleu compagnie
Jean-Pierre Cannet | Amelia Modica | théâtre, théâtre d’objets

LA MASTICATION DES MORTS | Les Croque Migraines/collectif Ca.Ma.It
Patrick Kermann | Camille Touaty & Alexia Alibert | Marionnettes à gaine

VISAGES DE L’AUBE | Compagnie Le bruit du frigo
Dinaïg Stall | marionnette, théâtre d’objets, poupons

CONGÉS PAYÉS | Compagnie Stéréoptik
Jean-Baptiste Maillet & Romain Bermond | dessin, manipulation d’objets, vidéo et musique live

INTERVIEW AVEC LA COMPAGNIE STÉRÉOPTIK

ANOU ET OUNA | Compagnie La luciole écarlate
Françoise Sors & Dominique Boulard | Théâtre d’ombre

10 OBJETS | Compagnie Les becs verseurs
Marina Le Guennec | Théâtre d’objets

Pygmalion miniature | Go !

27 nov › 2 déc
mar, mer, ven, sam à 20h30, jeu à 19h30, dim à 16h

PYGMALION MINIATURE
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TJP Centre Dramatique National d’Alsace Strasbourg | conception et manipulation Renaud Herbin
Chez Ovide, Pygmalion est ce sculpteur qui tombe amoureux fou de la statue qu’il a créé et qui prend vie humaine grâce au pouvoir de la déesse Aphrodite. Renaud Herbin nous propose une lecture sensible et émouvante de ce mythe et s’attache à évoquer la naissance d’un être vivant à partir de la matière.
La dimension érotique du récit passe par l’intimité de la relation naissante entre Pygmalion et sa sculpture : du toucher au voir, de la contemplation aux enlacements. Par palpation, il finit par lui donner souffle. Voulant y croire, ne croyant pas ce qu’il voit, finissant par admettre que son vœu est exhaussé.

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GO !

mise en scène, scénographie et interprétation Polina Borisova
Polina Borisova est une toute jeune artiste russe qui a fait une entrée très remarquée dans le monde de la marionnette. Go ! est sa troisième création.
Dans la pénombre de son appartement, une vieille femme erre parmi ses objets familiers. À tâtons, elle retrouve des bouts d’objets, des souvenirs qu’elle crée à l’aide d’un ruban d’adhésif.
Inspiré par la simplicité avec laquelle les gens extraordinaires (qu’il s’agisse d’un grand artiste ou de la mamie d’à côté) nous quittent sans crier gare, ce spectacle raconte avec humour la solitude de celui qui voyage dans les souvenirs.

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Go !
© Polina Borisova

L’HEURE BLEUE

SIGNAUX

7 & 8 déc à 20h30

Avec Signaux — un premier spectacle créé alors qu’elle était encore à l’école de Charleville-Mézières — la jeune créatrice norvégienne Yngvild Aspeli tente de donner corps à l’absence.

Le manque, la douleur, l’absence, la solitude sont au cœur de Signaux. Inspiré d’une nouvelle de l’auteur norvégien Bjarte Breiteig, le spectacle raconte l’histoire d’un homme qui, ayant perdu sa main lors d’un accident survenu dans l’enfance, se trouve en proie à des douleurs fantômes. Il est hanté par la présence de ce membre fantôme, par son absence. Il ne se passe rien ou presque. L’homme passe ses journées dans sa chambre à attendre, assis derrière la fenêtre. Il n’y a pas de texte ou très peu. Les seuls événements qui surviennent sont les douleurs et l’apparition d’une femme chaque nuit, au dehors. Toute de bleue vêtue telle un personnage irréel, une fée, une vision. Bleue comme la main que l’homme a perdu, bleue comme la douleur. Bientôt, douleurs et apparition de la femme semblent se confondre…

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Qui est cette femme ? Que cherche-t-elle ainsi dans la nuit ? Yngvild Aspeli, dont la mise en scène, tout en nuance, avance par petites touches, par signes, se garde bien de nous livrer le fin mot de l’affaire et nous laisse emplis de questions. Au fil de scènes à dominante sombre, elle installe un climat propice à laisser surgir l’impalpable : la douleur, le manque, les fantasmes qui nourrissent la vie intérieure de l’homme à sa fenêtre. Et les dessins effectués au blanc de Meudon sur la fenêtre traduisent autant ce qu’il voit au dehors, que les images mentales, les traumas et les souvenirs qui obsèdent son esprit. Dehors, tout est blanc, les pas crissent dans la neige dure, des petits animaux sauvages surgissent : autant d’éléments d’une poésie minimale qui évoquent le grand Nord, la Norvège, autant qu’une vie de silence et de solitude…

Au passage, elle convoque aussi des ombres, un univers sonore et une présence d’acteurs. Yngvild Aspeli joue de tous les éléments du plateau pour construire son langage scénique. Venue en France pour se former à l’école Jacques Lecoq et sortie en 2008 de l’Institut de la marionnette de Charleville-Mézières, la jeune femme cultive les complicités avec d’autres artistes de la même promotion, ainsi de Polina Borisova, également programmée à MARTO qui a participé à la création du spectacle.

Maïa Bouteillet


INTERVIEW


LA PRESSE EN PARLE

d’après une nouvelle de Fantomsmerter de Bjarte Breiteig | mise en scène Yngvild Aspeli | acteurs-marionnettistes Pierre Tual, Laura Sillanpää et Yngvild Aspeli | marionnettes Yngvild Aspeli, Laura Sillanpä et Polina Borisova

Dans le grand Nord, un homme a perdu une main dans un accident. Chaque nuit, il est hanté par les douleurs irrationnelles qu’il ressent dans cette partie de son corps qui n’existe plus. Ces mêmes nuits, une femme erre toute seule aux abords de la maison…
Une création rythmée par la nuit boréale où l’on ne sait jamais s’il fait jour ou non. Un spectacle hypnotique, des sons étouffés comme une marche dans la neige. Un voyage sans parole, d’une beauté à couper le souffle, poétique et onirique.
La pièce est conçue d’après une nouvelle tirée du livre de l’auteur norvégien Bjarte Breiteg : Fantomsmerter (1998). Bjarte Breiteig est un des jeunes écrivains les plus prometteurs en Norvège. Particulièrement apprécié par la critique, il a reçu plusieurs prix.

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