LES MAINS DE CAMILLE OU LE TEMPS DE L’OUBLI

D’UNE CAMILLE À L’AUTRE

APRÈS ANTIGONE ET ŒDIPE, LES ANGES AU PLAFOND PASSE PAR LA MARIONNETTE UN AUTRE GRAND MYTHE, MODERNE CETTE FOIS : CAMILLE CLAUDEL.

INTERVIEW


Ceux qui connaissent le théâtre de Brice Berthoud et Camille Trouvé reconnaîtront immédiatement la patte de la compagnie qui, depuis les récents spectacles, a pris le pli de construire les gradins en même temps que le décor, pour créer un rapport scène salle idoine. À nouveau le blanc prédomine, la couleur du papier qui est ici encore le matériau de prédilection. À ceux qui ont vu les deux précédents spectacles, Camille Claudel apparaîtra comme une petite sœur d’Antigone et d’Œdipe. Figure forte là encore, mais cette fois figure de l’artiste. Une héroïne, non pas politique, mais militante pour sa propre liberté de création.
L’homonymie entre l’interprète et le personnage nous conduit à souligner combien ce spectacle nous ramène à la matière, au geste artistique, à la durée qu’il implique, et nous rappelle qu’à l’origine de la marionnette il y a justement d’abord la matière et le geste, l’idée d’insuffler de la vie à l’inerte, l’inanimé. Avant même de travailler le jeu et la mise en scène, Camille Trouvé commence par créer de ses mains ses personnages de papier, ce qui suppose toute une recherche préalable sur le papier lui-même pour obtenir différents rendus, notamment l’idée de volume.
La compagnie qui tourne énormément ses spectacles — Au fil d’Œdipe entame sa quatrième année — a la chance de pouvoir mûrir ses spectacles sur la durée. Il leur a fallu deux ans pour aboutir celui-ci. D’où cette appropriation du sujet : Brice Berthoud, qui a écrit le texte, s’est véritablement emparé de l’histoire. D’où aussi cette évidence entre l’actrice et la marionnette. Camille Trouvé fait véritablement corps avec la petite Camille de papier. Jouant d’une certaine confusion, elle se plaît à retourner la situation lorsque la marionnette sculptrice prend pour modèle l’actrice. L’objet manipulé manipule à son tour la manipulatrice qui elle-même manipule la manipulation…
Entre MAR.T.O. — où se créé Les Mains de Camille ou le temps de l’oubli — et les Anges, c’est une longue histoire, presque une affaire de famille. La compagnie a présenté tous ses spectacles à MAR.T.O. et effectué un sacré chemin depuis les débuts.
Camille Trouvé, qui faisait d’abord partie des Chiffonières, était ouvreuse au Théâtre 71. Voyant que le directeur du lieu, à l’époque Pierre Ascaride, s’intéressait à la marionnette elle l’a convaincu de venir voir leur travail. Quant à Brice Berthoud, d’abord circassien, il se produisait avec Flash marionnettes dont le Roman de Renart fut notamment coproduit par le Théâtre 71. C’était il y a dix ans. Depuis, ces deux-là, ici épaulés par une vingtaine de personnes, travaillent ensemble dans une remarquable complicité.

Maïa Bouteillet

LA PRESSE EN PARLE