Clamart

Ballet des ombres

Ombre Claire

28 & 29 nov | spectacle à l’Orangerie du Domaine de Sceaux | Clamart | jeu et ven à 20h30

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Ombre Claire réveille le souvenir enfoui d’une jeune disparue pour mieux l’ensevelir à nouveau. Le spectacle se joue hors les murs, au domaine de Sceaux.

Ce solo très personnel de Claire Heggen s’inspire de l’histoire de sa famille. Le souvenir de Claire Pradier, fille de Juliette Drouet et du sculpteur James Pradier, morte à l’âge de 20 ans, y est omniprésent. Claire Heggen est une descendante de James Pradier. Comme de nombreuses autres femmes dans la famille, elle porte le même prénom que la jeune fille disparue. Et cette Claire qui passe de génération en génération forme comme une ombre au tableau généalogique. D’où, peut-être, ce besoin d’y revenir, accompagnée par les Contemplations de Victor Hugo, dont certains poèmes évoquent la disparue — on ne les entend pas ici mais ils ont nourri la création — et par La Jeune fille et la mort de Schubert. Le spectacle dure à peu près le temps du quatuor : il y a de temps à autre ces silences qui viennent ponctuer le geste.
Tout est blanc, vaporeux, léger, diaphane, vide. Recouverte de voiles, la scène est cet espace entre le monde des vivants et celui des morts. La marionnette n’est pas véritablement utilisée comme telle, elle est plutôt comme une effigie qui permet de rentrer en contact avec la morte, la tirer du secret. Lui rendre hommage mais aussi la séparer de soi, la faire advenir pour la rendre à l’oubli. La marionnette, fabriquée à l’aide de voiles cousus entre eux comme autant de couches de mémoire, est un objet passeur, un objet-lien qui est plus que lui-même. On pourrait penser à Kantor.

Seule en scène avec ses démons, ses songes et ses fantômes, Claire Heggen effectue une sorte de danse de mort. Elle est tantôt la mort, tantôt celle qui veille au chevet de la mourante. Passée au blanc de la tête aux pieds, elle est ailleurs, comme dans un autre monde. Les sculptures de marbre de James Pradier l’ont elle inspirée ? Ombre Claire est une rêverie où chacun pourra convoquer ses propres fantômes. C’est aussi l’histoire d’une femme artiste qui, arrivée au seuil de la vieillesse, se retourne sur un passé lointain.
Si on l’a moins vue sur scène ces dernières années, Claire Heggen forme et accompagne de nombreux jeunes artistes dont Carine Gualdaroni que l’on retrouve aussi dans cette édition de MAR.T.O. Codirectrice du Théâtre du Mouvement qu’elle a fondé en 1975 avec Yves Marc, Claire Heggen s’est d’abord formée à la danse et aux arts du geste notamment auprès d’Etienne Decroux, avant de travailler plus généralement autour du masque, du mouvement et de la marionnette. Elle enseigne d’ailleurs à l’Institut supérieure des arts de la marionnette à Charleville-Mézières.

Victor Hugo, qui fut l’amant de Juliette Drouet durant 20 ans, consacra plusieurs vers de ses Contemplations à la jeune disparue. « On sentait qu’elle avait peu de temps sur la terre, qu’elle n’apparaissait que pour s’évanouir, et qu’elle acceptait peu sa vie involontaire ; et la tombe semblait par moments l’éblouir. » On ne saurait mieux dire.

Maïa Bouteillet

Vielleicht, poids léger

VieLLeicht

sam 30 nov à 20h30 | dim 1er déc à 16h

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Entre cirque et danse, entre ciel et terre, Melissa Von Vépy campe un fascinant pantin vivant.

Vielleicht signifie “peut-être” en allemand, la langue maternelle de Mélissa von Vépy. Si l’on découpe le mot, on obtient “beaucoup” (viel) et “légèrement” (leicht). C’est sur ce joli paradoxe que repose VieLLeicht, sans parler de fil — “viel” se prononce fil.

Un spectacle sur la gravité, sur nos limites mais aussi sur la liberté, le vertige… et beaucoup d’autres choses rêvées à partir de la nouvelle de Heinrich von Kleist Sur le théâtre de marionnette par une jeune acrobate, inconnue dans le monde de la marionnette mais déjà bien repérée dans les circuits cirque aux côtés de Chloé Moglia, avec qui elle a longtemps travaillé. Depuis toujours, Mélissa Von Vépy a les yeux tournés vers le ciel. Ce qui l’occupe, c’est notre rapport à la verticale, à la pesanteur.

Dans la nouvelle de Kleist, un danseur dialogue avec le narrateur au sujet de la grâce : chaque jour le danseur se rend au théâtre de marionnettes pour admirer avec quelle légèreté les pantins de bois exécutent leur mouvement, d’autant plus gracieux qu’ils sont dénués de toute conscience. De nombreuses questions sur l’art de l’acteur traversent ce petit texte de référence.
La jeune artiste Suisse le prend en quelque sorte à rebrousse-poil puisqu’elle créé une marionnette vivante, sorte de femme pantin entravée par on ne sait qui, effectuant chaque mouvement comme si elle le découvrait à mesure. Créature hybride, marionnette et marionnettiste réunies en un seul corps. Qui manipule qui ? Où mènent ces fils, qui pèsent ici comme un fardeau dès qu’elle est au sol ou comme les ailes blessées d’un ange ?

Il y a quelque chose d’à la fois fois carcéral et d’initiatique. Les pensées qui nous viennent vont dans un sens contraire. À la brutalité du métal de son incroyable agrès répond la légèreté des mouvements. Libération ou enfermement ? Construction d’un individu ou entravement ? Questionnement humain face au vide ? Au divin ? La jeune acrobate — épaulée dans sa recherche par Pierre Meunier, metteur en scène qui travaille beaucoup le rapport à la matière, et par Sumako Koseki, danseuse butô avec qui elle a surtout exploré le mouvement — propose toutes ces directions à la fois. Et file admirablement les nombreuses métaphores auxquelles se prête le champ de la marionnette.

Maïa Bouteillet

Silence, ce qu’il reste d’une vie

Silence

6 & 7 décembre | Clamart

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Premier spectacle tendre de la compagnie belge Night shop théâtre.

Isabelle Darras et Julie Tenret, le duo belge à l’origine de Silence, on les a d’abord découvertes avec Fragile. Cet ensemble délicat de courtes formes, construit à partir de saynètes miniatures— et créé sous l’aile bienveillante d’Agnès Limbos à la Gare centrale — laissait déjà deviner un talent très prometteur. On était alors plutôt dans un théâtre d’objets fait de papier, de figurines, de jouets et de bricolage.

Un geste très différent de ce qui se dégage cette fois de Silence où le recours aux grandes marionnettes engage davantage le corps des actrices puisqu’elles se glissent littéralement dans la peau de leurs personnages, dans un troublant effet de présence/absence. Et c’est là tout l’intérêt de ce type de marionnettes. À l’hyperréalisme de leurs traits répond un hyperréalisme du jeu. Les deux jeunes interprètes ont fignolé jusque dans les moindres détails : une façon de se gratter la tête, de rajuster un pan de robe de chambre ou de laisser les doigts s’envoler comme pour marquer le tempo d’une musique… On se croirait réellement face à deux petits vieux. Et quand Isabelle Darras et Julie Tenret ne font pas corps avec Elise et Jean, on les retrouve dans la blouse d’aides soignantes de la maison de retraite où vit désormais le vieux couple.

65 ans de vie commune qui glissent lentement vers leur terme. Rien de dramatique là-dedans : le silence dont il est question évoque davantage une complicité qui se passe de mots que le vide, ou bien alors le vide laissé par l’autre quand il ne sera plus… Et si le motif récurrent de Silence c’est la perte de mémoire d’Elise, ce n’est pas triste, en tout cas ce n’est pas comme ça qu’elles le traduisent, c’est simplement le grand âge qui vient, l’ordinaire d’une fin de vie avec ses petites choses comme la confection de gaufres (en direct) par exemple. L’usage de la vidéo renforce le côté sépia du ballet des souvenirs.
Il y a des moments drôles dans ce spectacle. Il y a même une certaine douceur — qui provient autant de la façon dont elles abordent leurs personnages que des regards que les deux actrices ont l’une pour l’autre. Précisons, pour boucler la boucle, qu’à l’origine ces deux-là s’étaient rencontrées sur un projet du Tof théâtre.
Le Tof, la Gare centrale, difficile de trouver meilleures fées pour se pencher sur le berceau du Night shop théâtre.

Maïa Bouteillet

Pantins de nuit

Nuit de la Marionnette 13-14

Carton plein pour la 5e Nuit de la marionnette au Théâtre Jean Arp de Clamart qui a attiré pas mal de curieux et un vrai public de fidèles.

Vidéo de la 5e Nuit de la Marionnette


La Nuit de la Marionnette 5e par THEATRE71

La soirée s’est ouverte dans la grande salle sur le très beau spectacle Costumes trop grands de la compagnie Stereoptik, dont on avait applaudi Congés payés l’an dernier dans le même cadre. Costumes trop grands déploie une sorte de road movie amoureux qui se construit ingénieusement sous nos yeux en peinture, dessin et théâtre d’objets et, surtout, par la magie du pinceau de Romain Bermond qui en quelques traits bien sentis révèle un paysage changeant sous nos yeux.

Le public s’est ensuite dispersé sur les pas d’un des cinq groupes pour découvrir les différents spectacles. Une bonne dizaine au total — la plupart se jouant quatre fois — sans compter les impromptus des jeunes élèves du Théâtre aux mains nues qui ont proposé avec beaucoup de gaieté atelier gaine et concours de dessin au détour des couloirs.

La compagnie Punchisnotdead, qui n’en n’est pas à sa première Nuit de la marionnette, a mis de l’ambiance au cinéma avec Ring’art, catch d’impro à gaine très participatif.

Saluons la performance de Pierre Porcheron qui dans Y’a quelque chose de pourri rejoue Hamlet à lui (presque) tout seul et avec quelques objets tout de même : Hamlet est une fourchette, Ophélie, une rose, Gertrude, une théière… Et ça marche !

Participatif aussi, le Grand Guignol a joué à fond la provo’ — ce qui n’a pas forcément été du goût de tout le monde. Impossible de tout voir bien sûr mais on était ravis d’entrer Dans l’atelier du TOF Théâtre, malgré le froid régnant au marché (merci pour les couvertures !), et de découvrir le joli Clic de la toute jeune compagnie des Fourmis grâce à leurs supers lunettes 3D. Nouveau rendez-vous commun vers 2h du matin avec 2h14 de la compagnie Le Bruit du frigo, avant d’entamer le sprint final …
Bravo à toutes les compagnies et à tous les spectateurs ! Plus de 150 spectateurs à 5h du matin !!!

Cette Nuit était dédiée à Alain Recoing, grand marionnettiste à gaine, pédagogue, fondateur du Théâtre aux mains nues, dans l’un des coins les plus déshérités de Paris, et homme engagé, disparu le 14 novembre à 89 ans.

Maïa Bouteillet

La nuit de la marionnette

5e édition

23 novembre, de 19h30 à l’aube

À ceux qui pensent que les marionnettes ne vivent que le jour, la 5ème Nuit de la Marionnette est là pour prouver le contraire : dans les coins et les recoins du Théâtre Jean Arp, créatures et objets en tout genre s’activeront de l’apéritif jusqu’à potron-minet. Compagnies repérées ou jeunes talents viendront vous présenter leurs dernières créations : gardez les yeux ouverts, il y en aura pour tous et de toutes les couleurs !

2H14 | cie Le bruit du frigo
David Paquet | Dinaïg Stall | marionnette à main, réaliste

Catch d’impro marionnettique | cie Punchisnotdead
Philippe Orivel, Cyril Bourgois, Gérald Gaudau | marionnette à gaine

Dans l’atelier | Tof Théâtre
Alain Moreau | marionnette à main

Vidéo

Le Grand guignol | cie Moloko
Samuel Beck | marionnette à gaine et castelet

Les Costumes trop grands | cie Stereoptik
Jean-Baptiste Maillet et Romain Bermond | regard complice Stanislas Hilairet | objet, musique, vidéo et dessin

L’Étrange cas | cie Volpinex
D’après L’Étrange cas du Docteur Jekyll et Mister Hyde de R. L. Stevenson | Fred Ladoué, Marielle Gautheron | marionnette, objet

Clic | cie des fourmis dans la lanterne
Pierre Yves Guinais | Yoanelle Stratman | marionnette à fil

Héraklès | cie Via Verde
Pascale Toniazzo | Marc Bernay | marionnette bunraku à manipulation directe

Le garçon qui ne connaissait pas la peur | cie La Vache bleue
Amalia Modica | théâtre d’objet et marionnette sur table

Il y a quelque de pourri, variation Hamletique | cie Elvis Alatac
Pier Porcheron | Maïa Commère | théâtre d’objet

La Fabrique | cie la pluie qui tombe
Nathalie Baldo | théâtre d’objet

Extrait de la Nuit de la Marionnette 13e édition

Ombre claire

Théâtre du mouvement | Claire Hegen | création production Théâtre Jean Arp

28 & 29 nov à 20h30 | spectacle à l’Orangerie du Domaine de Sceaux

Si vous ne connaissez pas encore l’Orangerie du Domaine de Sceaux, voici l’occasion de faire d’une pierre deux coups ! Un spectacle à fleur de peau bercé par les mots et les notes de Victor Hugo et Schubert, précédé d’une flânerie dans l’un des plus beaux sites du département des Hauts-de-Seine.

Ombre Claire est inspiré de l’histoire vraie de Claire Pradier, fille de Juliette Drouet (maîtresse de Victor Hugo pendant plus de vingt ans) et du sculpteur James Pradier, décédée à l’âge de vingt ans.

Claire Heggen est une descendante de James Pradier. Dans sa famille, les filles s’appellent Claire de génération en génération.

Dans cette pièce, Claire Heggen s’inspire des poèmes tirés des Contemplations, que Victor Hugo nous a laissés au sujet de cette jeune fille tôt disparue, et dialogue avec le quatuor de Schubert La jeune fille et la mort.

Par l’entremise d’une marionnette, animant l’inanimé, elle fait apparaître et disparaître la figure incertaine d’un ange et convoque la blancheur fantomatique d’un être trop tôt disparu.

Vielleicht

Création | Mélissa Von Vépy | Compagnie Happés

30 nov & 1er déc

Création les 16,17 et 18 septembre 2013 au théâtre de Hautepierre à Strasbourg
durée 50’

Un être-pantin, un pantin vivant.
VieLLeicht est basé sur cet impossible « hybride », qui suggère un rêve merveilleux, celui de la disparition de nos pesanteurs : entièrement dénué de gravité physique et d’états d’âme, le pantin vole. Danse sublime, d’une intériorité transparente, sans affect. Il ne s’anime qu’en ces instants de grâce, instants si peu accessibles à nous autres - êtres réfléchis, responsables, volontaires - et que nous ne cessons de rechercher.

*« Vielleicht » est la traduction de « peut-être » en allemand
Littéralement, viel signifie beaucoup, et leicht : légèrement, facilement, aisément

Texte - source de cette création : Sur le théâtre de marionnettes (1810), H. Von Kleist

Silence

Isabelle Darras et Julie Tenret | Cie Nihtshop Theatre (Belgique, première en Île-de-France)

6 & 7 déc

Jean et Elise forment un couple d’un âge certain, 65 ans de vie commune, autant dire presque toute une vie, d’un amour infini et, s’ils ne croquent plus la vie à pleine dents tous les jours, c’est sans doute parce qu’elles sont dans un verre d’eau. Leur quotidien est fait de souvenirs, de tendresse, de petits agacements, de maladresses et de toutes sortes de manies. Ils sont inséparables depuis leur premier baiser échangé au drive-in dans les années… on ne sait plus, peu importe. Le désir, l’amour et l’enthousiasme n’auraient-ils pas d’âge ? Mais la mémoire d’Elise est pleine de trous qui semblent aspirer les êtres, les choses, les mots. Les idées se perdent, les visages s’effacent, les souvenirs s’effondrent et disparaissent. Qu’y a-t-il derrière les silences d’Elise ? Comment ne pas perdre le fil de ce qui est précieux quand l’autre nous quitte un peu, comment garder le contact, l’essentiel...