Vielleicht, poids léger

VieLLeicht

sam 30 nov à 20h30 | dim 1er déc à 16h

Vidéo



Entre cirque et danse, entre ciel et terre, Melissa Von Vépy campe un fascinant pantin vivant.

Vielleicht signifie “peut-être” en allemand, la langue maternelle de Mélissa von Vépy. Si l’on découpe le mot, on obtient “beaucoup” (viel) et “légèrement” (leicht). C’est sur ce joli paradoxe que repose VieLLeicht, sans parler de fil — “viel” se prononce fil.

Un spectacle sur la gravité, sur nos limites mais aussi sur la liberté, le vertige… et beaucoup d’autres choses rêvées à partir de la nouvelle de Heinrich von Kleist Sur le théâtre de marionnette par une jeune acrobate, inconnue dans le monde de la marionnette mais déjà bien repérée dans les circuits cirque aux côtés de Chloé Moglia, avec qui elle a longtemps travaillé. Depuis toujours, Mélissa Von Vépy a les yeux tournés vers le ciel. Ce qui l’occupe, c’est notre rapport à la verticale, à la pesanteur.

Dans la nouvelle de Kleist, un danseur dialogue avec le narrateur au sujet de la grâce : chaque jour le danseur se rend au théâtre de marionnettes pour admirer avec quelle légèreté les pantins de bois exécutent leur mouvement, d’autant plus gracieux qu’ils sont dénués de toute conscience. De nombreuses questions sur l’art de l’acteur traversent ce petit texte de référence.
La jeune artiste Suisse le prend en quelque sorte à rebrousse-poil puisqu’elle créé une marionnette vivante, sorte de femme pantin entravée par on ne sait qui, effectuant chaque mouvement comme si elle le découvrait à mesure. Créature hybride, marionnette et marionnettiste réunies en un seul corps. Qui manipule qui ? Où mènent ces fils, qui pèsent ici comme un fardeau dès qu’elle est au sol ou comme les ailes blessées d’un ange ?

Il y a quelque chose d’à la fois fois carcéral et d’initiatique. Les pensées qui nous viennent vont dans un sens contraire. À la brutalité du métal de son incroyable agrès répond la légèreté des mouvements. Libération ou enfermement ? Construction d’un individu ou entravement ? Questionnement humain face au vide ? Au divin ? La jeune acrobate — épaulée dans sa recherche par Pierre Meunier, metteur en scène qui travaille beaucoup le rapport à la matière, et par Sumako Koseki, danseuse butô avec qui elle a surtout exploré le mouvement — propose toutes ces directions à la fois. Et file admirablement les nombreuses métaphores auxquelles se prête le champ de la marionnette.

Maïa Bouteillet