Silence, ce qu’il reste d’une vie

Silence

6 & 7 décembre | Clamart

Vidéo


Premier spectacle tendre de la compagnie belge Night shop théâtre.

Isabelle Darras et Julie Tenret, le duo belge à l’origine de Silence, on les a d’abord découvertes avec Fragile. Cet ensemble délicat de courtes formes, construit à partir de saynètes miniatures— et créé sous l’aile bienveillante d’Agnès Limbos à la Gare centrale — laissait déjà deviner un talent très prometteur. On était alors plutôt dans un théâtre d’objets fait de papier, de figurines, de jouets et de bricolage.

Un geste très différent de ce qui se dégage cette fois de Silence où le recours aux grandes marionnettes engage davantage le corps des actrices puisqu’elles se glissent littéralement dans la peau de leurs personnages, dans un troublant effet de présence/absence. Et c’est là tout l’intérêt de ce type de marionnettes. À l’hyperréalisme de leurs traits répond un hyperréalisme du jeu. Les deux jeunes interprètes ont fignolé jusque dans les moindres détails : une façon de se gratter la tête, de rajuster un pan de robe de chambre ou de laisser les doigts s’envoler comme pour marquer le tempo d’une musique… On se croirait réellement face à deux petits vieux. Et quand Isabelle Darras et Julie Tenret ne font pas corps avec Elise et Jean, on les retrouve dans la blouse d’aides soignantes de la maison de retraite où vit désormais le vieux couple.

65 ans de vie commune qui glissent lentement vers leur terme. Rien de dramatique là-dedans : le silence dont il est question évoque davantage une complicité qui se passe de mots que le vide, ou bien alors le vide laissé par l’autre quand il ne sera plus… Et si le motif récurrent de Silence c’est la perte de mémoire d’Elise, ce n’est pas triste, en tout cas ce n’est pas comme ça qu’elles le traduisent, c’est simplement le grand âge qui vient, l’ordinaire d’une fin de vie avec ses petites choses comme la confection de gaufres (en direct) par exemple. L’usage de la vidéo renforce le côté sépia du ballet des souvenirs.
Il y a des moments drôles dans ce spectacle. Il y a même une certaine douceur — qui provient autant de la façon dont elles abordent leurs personnages que des regards que les deux actrices ont l’une pour l’autre. Précisons, pour boucler la boucle, qu’à l’origine ces deux-là s’étaient rencontrées sur un projet du Tof théâtre.
Le Tof, la Gare centrale, difficile de trouver meilleures fées pour se pencher sur le berceau du Night shop théâtre.

Maïa Bouteillet