Châtenay-Malabry

Bestiaire, l’Olympe en folie

Bestiaire

C’est la troisième fois que Duda Paiva est programmé dans le cadre du festival MAR.T.O.. La dernière fois, c’était en 2012, avec Bastard ! en ouverture de la Nuit de la marionnette, le public lui avait réservé une standing ovation.

Tout part du corps chez Duda Paiva. Artiste brésilien installé aux Pays Bas, il est venu à la marionnette par la danse, au terme d’une longue recherche sur le corps et sur le mouvement. Duda Paiva n’est pas un danseur passé à la marionnette, il est marionnettiste parce que danseur. Son approche tient du théâtre du mouvement, il n’y a pas ou très peu de texte dans ses spectacles : Duda Paiva se situe plutôt dans les zones de non-dit.

Pour parvenir à ses fins, il fabrique lui-même ses marionnettes en mousse de caoutchouc, un matériau mou, proche du latex, donc très malléable, à l’intérieur duquel il taille tel un sculpteur pour explorer les formes les plus improbables. Chaque marionnette nécessite plus d’un mois de travail. Telles des prothèses ou des masques corporels, ses créatures monstrueuses de grandes tailles épousent le corps et les mouvements du danseur jusqu’à opérer une véritable (con)fusion entre l’objet et l’interprète, entre l’inanimé et le vivant.

Chez lui, la marionnette tient du corps à corps. Portés par une manipulation extrêmement fine, aboutie là encore au fil de longues heures de répétition, ses spectacles, qui intègrent aussi les nouvelles technologies, témoignent de sa fascination pour les zones troubles, les angoisses, les fantasmes et les rêves de l’être humain, mais également de son fort sens de l’humour. Une énergie folle et flamboyante, à la fois sexuelle et enfantine, traverse ses spectacles.
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Les inconditionnels de l’artiste lui-même — dans ce que sa présence sur le plateau dégage d’énergique et de sensuel — seront peut-être un peu déçus puisque cette fois, dans Bestiaire, Duda Paiva ne joue pas mais c’est pour mieux conduire ses jeunes interprètes. Et il est fascinant de voir comment l’artiste — de plus en plus amené à intervenir un peu partout dans le monde dans des écoles d’art, auprès de jeunes marionnettistes— peut transmettre son univers à la fois fantastique et grotesque à d’autres.

Ce nouveau spectacle est un projet particulier, né d’une rencontre entre Duda Paiva et Ellen Horn, directrice du Riksteatret, en Norvège, qui convie trois jeunes interprètes, deux danseurs et un marionnettiste. Créé avec une équipe à la fois slovène et norvégienne, Bestiaire se passe chez les dieux grecs, archetypes du monstrueux qui se prêtent idéalement aux visions de l’artiste. Cupidon, le dieu de l’amour, en est l’hôte principal mais on retrouve aussi Cerbère, Méduse et toute la compagnie. On peut faire confiance à Duda Paiva pour mettre les grandes figures mythologiques cul par-dessus tête et que rien ne se déroule comme prévu : les dieux font n’importe quoi, Zeus répète ses sentences philosophiques en boucle, des failles apparaissent et leur immortalité se trouve bientôt reconsidérée … Sous les doigts magiques de Paiva et de ses jeunes comparses, la faune de l’Olympe se prête à toutes les métamorphoses et cela crée une fascinante série de tableaux vivants.

Maïa Bouteillet

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Bestiaire

Duda Paiva Company | durée 1h

28 nov à 20h30 | Théâtre de la Piscine

Les dieux grecs s’amusent chez Cupidon : un Zeus philosophe, une méduse envahissante, un cerbère à trois têtes… et rien ne se passe comme prévu dans ce Panthéon. Un dialogue unique entre danseurs et marionnettes en mousse à taille humaine, où l,on glisse avec humour et magie dans un univers visuel innatendu.
Quand le vent du présent ébouriffe les divines figures mythologiques.

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Concept et direction Duda Paiva | Dramaturgie Jaka Ivanc | Avec Mart Müürisepp, Ilija Surla, Esther Natzijl | Musique Erikk Mckenzie | Lumière Kai Roger Havn, Mark Verhoef | Vidéo Wilco Alkema, Mark Verhoef | Objets Duda Paiva, Jim Barnard, Jože Laśič, Kari Noreger | Conseil costume Catrine Gudmestad
Production Duda Paiva Coproduction Riksteatret/Kilden Teater, Norvège – Lutkovno gledališče Ljubljana, Slovénie – Laswerk/DudaPaiva Company, Pays-Bas. Soutien du Ministère de Culture, Norvège, Ministère de Culture, République Slovénie, Performing Arts Funds Pays-Bas, Ville d’Amersfoort.