De Passage, chemin vers soi

27 & 28 nov

Johanny Bert est un habitué du festival MAR.T.O. où il a déjà présenté deux créations en 2009 et en 2012. Invité à nouveau cette année, le jeune metteur en scène et directeur du Fracas -CDN de Montluçon, s’aventure dans une nouvelle forme.

Adressé à la 2e personne du singulier, De Passage de Stéphane Jaubertie nous entraîne à la suite d’un enfant de 9 ans dans la découverte du secret de sa naissance. “Tu peux voir dans le noir” nous dit le narrateur tout au début, comme ce garçon qui, ne pouvant trouver le sommeil, enfile ses bottes et son manteau par dessus son pyjama pour traverse la ville en pleine nuit, en plein hiver et retrouver sa mère. Porté par une seule voix, le texte de Jaubertie file, entre fable et poésie, comme tendu d’un point à un autre, pris dans l’urgence que met l’enfant à découvrir la vérité. Un voyage intérieur, un parcours initiatique pour lequel Johanny Bert a conçu un théâtre d’ombres dans un rapport intime au spectateur.

C’est la première fois que le jeune artiste (34 ans) se frotte à la délicate technique de l’ombre. Comme à chaque nouvelle création, c’est d’abord le texte qui commande à la forme, qui lui impose une direction. De fait, Johanny Bert fait partie de ceux qui expérimente une nouvelle voie à chaque nouveau projet — son dernier projet présenté à MAR.T.O., l’Émission de Sabine Revillet, était une petite forme en appartement s’appuyant sur la manipulation de figurines Playmobil. Jusqu’à présent, il n’a monté que des textes contemporains — et ce ne sont pratiquement que des auteurs contemporains qui sont défendus au Fracas — bien qu’il envisage d’affonter la vaste fresque de Peer Gynt d’Ibsen, dans une nouvelle traduction d’Eloi Recoing. La marionnette, chez Johanny Bert, est une notion très fluctuante qui s’accompagne, là comme à chaque fois, d’un solide travail d’acteur.

Cette fois, ils travaillent derrière l’écran à composer des tableaux très imagés comme au fil d’un album pour enfant. La narration est assumée par un acteur seul qui dit le texte en bord de plateau face au public sur un ton égal, presque distant. C’est lui fait le lien de part et d’autre de l’écran et parfois rejoint l’envers du décors, se transformant en ombre à son tour, comme pour nous rapprocher de ce que l’on voit.
Pour conduire cette histoire qui soulève les questions essentielles de l’origine et de la filiation, mais aussi de la maladie et de la mort, Jaubertie a recourt à un imaginaire porteur d’espoir, emprunt de poésie. De Passage nous touche d’autant plus, que par un dispositif sonore sophistiqué (créé par François Leymarie, collaborateur de longue date de Joël Pommerat au son), chaque spectateur reçoit le texte comme dans une bulle, la quête est tout autant intérieure que tangible, et chacun se trouve renvoyé à son propre cheminement. Jusqu’au dénouement final où les spectateurs sont enfin réunis…

Maïa Bouteillet