Le Grand Soir

Pour la 6e année consécutive, le Théâtre Jean Arp bouscule nos habitudes de spectacle avec la Nuit de la marionnette.

La Nuit de la marionnette 2014 !


Du parvis au parking, en passant par les loges, les bureaux, les coulisses et la salle, une dizaine de compagnies — des chevronnées et des toutes nouvelles — nous tiennent en éveil jusqu’au bout de la nuit avec les formes les plus diverses. Programmé en ouverture, sur la grande scène, La Maison près du lac de l’Israélienne Yaël Rasooly est un spectacle saisissant qui a déjà pas mal tourné à l’international mais très peu en France. Glissées dans des corps de marionnettes kokoschka, qui les font ressembler à des poupées, les trois sœurs s’évertuent à jouer et à chanter tandis que le monde s’écroule autour d’elles. La chambre d’enfant n’est plus un abri sûr et l’horreur pointe derrière l’humeur cabaret.

La Maison près du lac

Avec La Chevelure, la jeune Aurélie Hubeau imagine un dispositif au plus près du spectateur pour nous fait entendre une courte nouvelle de Maupassant où le fétichisme confine au fantastisque. Santiago Moreno, lui, débarque intégralement transformé en une folle machinerie musicale où les instruments et le corps sont complètement reliés pour jouer Les Intimités de l’homme-orchestre.
La compagnie Pseudonymo, qui a déjà fait beaucoup parlé d’elle, fait dans le très petit avec Verrue, en scrutant de près une petite excroissance de la peau et… la sorcière qui va avec. Avec L’Appartement à trous, de Patrick Corillon, on entre dans l’histoire par un jeu de tiroirs et de cahiers à dessin. Ce quasi inconnu dans le monde de la marionnette est un plasticien belge reconnu qui a exposé dans les plus grandes biennales d’art contemporain, et qui, de performances en conférences, a finalement glissé vers le théâtre d’objet.

L'appartement à trous © Yves Gabriel

Déjà présent l’an dernier avec l’hilarant Dans l’atelier, le Tof théâtre revient avec un spectacle radicalement différent et d’une infinie délicatesse : sans un mot, avec des petits gestes de rien qui nous vont droit au cœur, Soleil couchant évoque la fin, la perte, les derniers instants, la fuite du temps.

Avec Citizen P, la compagnie de la Mandale retrace le mythique parcours de Pulcinella dans la (presque) plus pure tradition, en castelet et marionnettes à gaine. Tradition encore, avec le Théâtre Golondrino compagnie de rue qui pratique la marionnette à fil dans une manipulation élaborée et raconte, à travers la petite forme Mia-Mor, la mort d’un être cher.
La compagnie Mouka s’attaque au Petit chaperon rouge avec des ustensiles de cuisine, des marionnettes, de la poésie et beaucoup d’humour. De l’humour, les Scopitone n’en manquent pas non plus : ils étaient là à l’une des premières Nuit de la marionnette, ils reviennent avec Juliette+ Roméo = AESD, une version assurément décalée de la fameuse histoire des amants de Vérone.

Enfin, un programme de court-métrages sera proposé, dont La Chasse au cerf de Julie Faure-Brac avec Simon Delattre, un très beau film où se mêlent marionnette et paysage dans un climat emprunt de mystère, de fantasme et de poésie qui rappelle un peu les Métamorphoses d’Ovide.

Faites vos jeux !


Maïa Bouteillet