Travaux d’aiguille

Cœur cousu

Cœur cousu a suscité déjà plusieurs adaptations à la scène. On le découvre ici dans la délicate version des Baltringues hors les murs, au domaine de Sceaux.

INTERVIEW DE MAÏA BOUTEILLET

Des boîtes, du fil, de la laine... Le Cœur cousu de Carole Martinez appelle assurément l’objet et la marionnette et le dispositif des Baltringues tient à la fois du castelet et de la boîte à couture. De ces anciennes boîtes sur roulettes avec renfort de tiroirs, presque un meuble d’où surgissent les marionnettes : Frasquita la principale protagoniste mais aussi sa grand-mère et tous les autres villageois qui guettent et supputent derrière les volets de leurs maisons...


Joué sur le ton de la confidence par une seule comédienne, le spectacle se déroule dans l’espace réduit d’une table. La lumière suit l’évolution de la narration, n’éclairant que certains éléments, laissant les autres dans l’ombre. L’ombre du secret transmis de femme en femme depuis des générations. Ecrit par une descendante d’immigrés espagnols, le roman déploie un monde de femmes qui semble séparé de celui des hommes qui font la loi, dans une Espagne rurale du sud. Un monde magique où les femmes s’arrangent à leur façon et où les attributs pour tenir au mieux leur rang d’épouses et de mère, ces fils et ces brins de laine, leur servent aussi pour nouer des destins telles les arques, broder des Phistoires. Les marionnettes des Baltringues, jeune compagnie basée à Lille, sont de cette étoffe-là. Fascinantes poupées de chiffon dont les coutures apparentes marquent comme des blessures sur leurs petits visages...

Maïa Bouteillet