Malakoff

Histoire d’Enesto

Marguerite Duras | Sylvain Maurice | durée 50 min

3 › 5 DEC | mer, jeu 19h30 | ven 20h30 | Théâtre 71

Sous la houlette de Sylvain Maurice, sept jeunes acteurs-marionnettistes restituent un univers étrange. Issu d’une famille d’immigrés où l’on parle peu, où l’on boit trop, où l’on s’aime mal, Ernesto quitte l’école parce qu’« on y apprend des choses que je ne sais pas ». Une fable sur l’émancipation, dont l’humour et la naïveté nourrissent les ressorts clownesques.

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création | version pour marionnettes de La Pluie d’été de Marguerite Duras (Éd. P.O.L) | mise en scène Sylvain Maurice | assistant metteur en scène Nicolas Laurent | avec Jorge Aguledo, Hélène Barreau, Marion Belot, Anaïs Chapuis, Alice Chéné, Lucie Hanoy et Chloée Sanchez | fabrication marionnettes Pascale Blaison, Perrine Cierco et Cécile Doutey | lumières Daniel Linard | régie générale Louise Gibaud
production Théâtre de Sartrouville et des Yvelines Centre Dramatique National | coproduction Théâtre 71 Scène Nationale de Malakoff, TJP Centre Dramatique National d’Alsace – Strasbourg | avec le soutien de l’Institut International de la Marionnette, Programme d’insertion professionnelle Recherche/eXpérimentation, aidé par la Région Champagne-Ardenne – ORCCA

Allo Maman bobo

Histoire d’Ernesto

3 › 5 décembre

INTERVIEW DE MAÏA BOUTEILLET


Marguerite Duras a écrit La Pluie d’été en reprenant le motif central d’Ah ! Ernesto un conte pour enfant écrit près de 20 ans auparavant. S’inspirant des deux textes, Sylvain Maurice créé Histoire d’Ernesto en marionnettes avec des jeunes acteurs issus de l’école de Charleville-Mézières.

M’man, je retournerai pas à l’école parce que à l’école on m’apprend des choses que je sais pas. Cette phrase d’enfant prononcée naïvement par Ernesto au début du roman en deviendra finalement la pierre angulaire. Une sorte de déflagration à partir de laquelle le monde va trembler sur ses fondements et l’enfance s’achever.
Né à Vitry-sur-Seine dans une famille nombreuse, de parents immigrés et chômeurs, Ernesto ne sait ni lire ni écrire lorsqu’il découvre un grand livre brûlé, l’histoire ancienne d’un roi qu’il raconte à ses “brothers et sisters” comme les appelle Duras. Accédant à la connaissance de manière presque intuitive, il comprend sans apprendre : les mathématiques, la physique, les philosophes allemands… tout cela il le digère à vitesse grand V. Interrogeant la construction de soi, les liens filiaux et la question de la transmission, le roman de Marguerite Duras est un magnifique roman d’amour qui porte sur le monde un regard doux, triste et drôle à la fois, un regard d’une profonde humanité.


Engagé dans la création de La Pluie d’été (le 10 décembre au CDN de Satrouville), le metteur en scène Sylvain Maurice a imaginé une petite forme ressérée sur les parties dialoguées du roman et autour de la figure d’Ernesto, réunissant sept jeunes marionnettistes issus de l’école supérieure nationale des arts de la marionnette de Charleville-Mézières avec lesquels il avait travaillé le texte au cours d’un atelier de seconde année. Une forme chorale sur plateau nu ou presque où ils endossent le personnage d’Ernesto à tour de rôle. Pointant les aspects comiques voire clownesques du texte de Duras, ils ont imaginé des jeux d’échelle qui souligne l’effet d’étrangeté qui se dégage d’Ernesto. Le garcon qui “devait avoir entre douze et vingt ans” est systématiquement décrit comme très grand. De lui émane une force qui impressionne les parents et l’instituteur. Sur scène il est joué par un acteur tandis que les parents sont figurés par des kokoschkas — petite marionnette sans tête et au corps de poupée — ce qui traduit on ne peut mieux la situation des parents qui, dépassés, ont un fonctionnement très immature. L’Instituteur, lui, a littéralement la grosse tête. Il n’est même que ça : une énorme tête pétrie de savoir et de solitude qui, comme dans le roman, chante allo maman bobo et qui devient lui aussi tout petit devant le génie d’Ernesto.

Vanité des vanités (…) tout est vanité et poursuite du vent, est-il dit dans L’Ecclésiaste, ce livre que découvre Ernesto. Tout était là et ce n’était pas la peine, pressent Ernesto. Pour qui ça aurait été la peine, la vie ? L’école pour qui ? Pour faire quoi ?. Le seul élément de scénographie, une sorte de mur de briques, se déconstruit à mesure que progresse le spectacle et Ernesto dans la connaissance…

Quels meilleurs interprètes que ces jeunes gens au seuil de leur vie professionnelle pour nous le faire entendre ?

Maïa Bouteillet