Lointain souvenir de Macbeth

Quelques années après Crowning Glory, on retrouve Colette Garrigan chez Shakespeare.

Lady Macbeth est-elle soluble dans le théâtre d’objet ? Avec très peu, avec des éléments du quotidien comme elle sait si bien le faire — un grille-pain, du sel, des carafes, des verres et des chaises — Colette Garrigan traverse les grands moments de la tragédie shakespearienne.

“La reine, Monseigneur, est morte”.


La marionnettiste a choisi l’acte V, scène V, (on est déjà pratiquement à la fin de la pièce), pour nous faire entrer dans le froid château de Macbeth.
Éteins-toi, éphémère chandelle, éteins-toi ! La vie est une ombre qui marche, un pauvre acteur qui se pavane et se trémousse une heure en scène, puis qu’on cesse d’entendre”.
Ces mots par lesquels Macbeth accueille la mort de son épouse, font complètement écho au spectacle de Colette Garrigan.
Les bougies, les grandes ombres, la nuit terrible, le vent, tout y est pour nous faire revivre “la pièce écossaise”, telle qu’elle a marquée sa mémoire de native de Liverpool. Une pièce folle dont il n’était pas possible de prononcer le nom sous peine de malédiction. “La pièce écossaise”, disait-on dans sa famille irlandaise. Le projet de Colette Garrigan qui endosse tous les rôles, y compris celui du narrateur, est moins d’interpréter Macbeth que de nous livrer un fantôme de la pièce, un relent de cette tragédie qui l’a impressionnée, enfant. Aussi on n’est pas si loin du cycle de Liverpool, 36e dessous et Mary Brown, inspirées de sa propre jeunesse.

On est à la fois dans la mémoire de Colette Garrigan et dans celle de Lady Macbeth, mais une lady Macbeth déjà morte, un spectre comme les affectionne Shakespeare, qui rejouerait la tragédie pour tenter de comprendre comment elle a pu dévier ainsi vers le mal. Car cette question sous-tend tout le propos. Le texte original lui même n’apparaît que par écho, dans la scène des sorcières, par exemple, où elle cite la première scène de l’Acte I.
Certains regretteront peut-être que l’actrice anglaise ne nous offre pas la pièce dans sa langue d’origine mais le texte n’est pas le souci premier de la marionnettiste qui œuvre plutôt à recréer le climat, un souvenir jusque dans la manipulation du son, avec ce vent qui hurle dans la lande, les ricanements des sorcières, les éclats de verre qui se brisent, le sang sur les mains qui ne se lave pas. La pièce n’étant plus que le fantôme d’elle-même…

Maïa Bouteillet


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