Châtillon

Whispers

compagnie Mossoux Bonté

vendredi 25 mars 21h

VIDÉO DE WHISPERS


Naissance de fantômes


Sur scène, une femme seule. Seule ou peut-être pas. Il semble que l’espace soit habité. En témoignent des présences furtives, des sons larvés, et puis des figures fantomatiques qui surgissent ça et là, prenant de plus en plus de place, nous chuchotant à l’oreille, se dressant dans l’image comme les gardiennes d’un secret. Serait-ce ces mânes qui errent sans fin, et troublent notre présent avec un irréparable passé ?

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Une femme se tient là et elle ne sait plus ce qui parle en elle, de son propre vécu ou de celui de ses ancêtres. Elle tente de décrypter ces bruissements qui ressemblent furieusement à un complot contre le vivant. Quelle issue, comment sortir de la chaîne des générations, comment vivre une aube qui ne soit empruntée à la nuit ?

Whispers, cliquetis d’âme, grondements de souvenirs, et les aïeux qui se prennent les pieds dans le tapis.

Nicole Mossoux, qui a exploré dans différents spectacles le rapport à la marionnette, à l’ombre, ou l’objet manipulé, est cette fois accompagnée d’un bruiteur, qui fait écho à ses gestes hantés.

Le plateau se présente comme un grand trapèze blanc, avec au lointain un tulle qui efface sans tout à fait le dissimuler, l’espace du bruiteur.

Au centre se dresse une structure où trône un personnage tout droit sorti d’un tableau de Vermeer, mais qui, s’éloignant et retrouvant inlassablement ce port d’attache, emmène, comme s’extirpant de son corps, des silhouettes animées : ectoplasmes hâtifs, spectres dégingandés qui surgissent, importuns, avec des intentions pour le moins troubles. Et les sons produits en direct leur donnent une consistance paradoxale, quand c’est le personnage vivant qui s’efface à l’instigation des fantômes qu’il a produit.

Durée 55 min
Concept, chorégraphie et interprétation Nicole Mossoux | Mise en scène Patrick Bonté, Nicole Mossoux | Bruitage et objets sonores Mikha Wajnrych | Microphonie et musique live Thomas Turine | Costumes Colette Huchard | Maquillage Jean-Pierre Finotto | Scénographie Johan Daenen | Lumière Patrick Bonté Régie générale David Jans

production de la Cie Mossoux-Bonté | avec le soutien du Théâtre de la Balsamine (Bruxelles) et du Théâtre Le Passage (Fécamp)

Whispers, murmures des fantômes

À la lisière du théâtre et de la danse, Whispers fait place aux voix intérieures.

Fascinante Nicole Mossoux !
Entre les premiers mouvements de Whispers et la fin du spectacle, on transite par une incroyable galerie de personnages comme autant de métamorphoses et l’on serait bien en peine de dire lequel prime sur les autres.

Qui est-elle ? Jeune fille ou vieille toupie, une apparition chasse l’autre. Quelle est la réalité de ce qu’elle nous raconte ? C’est comme si on effectuait une plongée à l’intérieur d’un être nourri de tout ceux qui l’ont précédé. Et à chaque geste qu’elle accomplit, jusqu’aux plus imperceptibles mouvements de doigts, Nicole Mossoux apparaît habitée par cette forêt d’ancêtres.

Être pluriel, envahie de voix qui nous parviennent comme amplifiées, la femme qui nous fait face ne nous voit pas, elle est comme exilée dans un autre monde, celui de son imagination ou d’une vie intérieure aussi réelle que la réalité d’ici. Malgré les apparences, elle n’est pas seule. La chaîne des êtres auxquels elles donnent vie semble sans fin, sa danse est inépuisable, son réservoir de corps riche de dizaines de vies...

Par moment, c’est drôle, d’autres fois, c’est un peu effrayant ces errances sonores, cette inquiétante étrangeté.

D’un spectacle à l’autre, grandes pièces de groupe ou solo plus intimistes, chaque fois très différents, la compagnie Mossoux-Bonté, qui célèbre ses 30 ans cette année, semble creuser toujours un peu plus avant la question de la présence et de notre rapport au monde. C’est aussi ce qui fait lien, chez eux, avec la marionnette, où l’inanimé questionne le vivant.
Et si la présence de Nicole Mossoux est si fascinante c’est qu’elle est riche de tout un parcours artistique débuté à Mudra, l’école ouverte par Maurice Béjart à Bruxelles en 1970, et qui fut dans les premières années un formidable espace de liberté pour les danseurs. Dans leur atelier-théâtre de la rue des Tanneurs à Bruxelles, la réserve de costumes est riche de quantité de personnages… de fantômes de vies passées.

Maïa Bouteillet


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