Whispers, murmures des fantômes

À la lisière du théâtre et de la danse, Whispers fait place aux voix intérieures.

Fascinante Nicole Mossoux !
Entre les premiers mouvements de Whispers et la fin du spectacle, on transite par une incroyable galerie de personnages comme autant de métamorphoses et l’on serait bien en peine de dire lequel prime sur les autres.

Qui est-elle ? Jeune fille ou vieille toupie, une apparition chasse l’autre. Quelle est la réalité de ce qu’elle nous raconte ? C’est comme si on effectuait une plongée à l’intérieur d’un être nourri de tout ceux qui l’ont précédé. Et à chaque geste qu’elle accomplit, jusqu’aux plus imperceptibles mouvements de doigts, Nicole Mossoux apparaît habitée par cette forêt d’ancêtres.

Être pluriel, envahie de voix qui nous parviennent comme amplifiées, la femme qui nous fait face ne nous voit pas, elle est comme exilée dans un autre monde, celui de son imagination ou d’une vie intérieure aussi réelle que la réalité d’ici. Malgré les apparences, elle n’est pas seule. La chaîne des êtres auxquels elles donnent vie semble sans fin, sa danse est inépuisable, son réservoir de corps riche de dizaines de vies...

Par moment, c’est drôle, d’autres fois, c’est un peu effrayant ces errances sonores, cette inquiétante étrangeté.

D’un spectacle à l’autre, grandes pièces de groupe ou solo plus intimistes, chaque fois très différents, la compagnie Mossoux-Bonté, qui célèbre ses 30 ans cette année, semble creuser toujours un peu plus avant la question de la présence et de notre rapport au monde. C’est aussi ce qui fait lien, chez eux, avec la marionnette, où l’inanimé questionne le vivant.
Et si la présence de Nicole Mossoux est si fascinante c’est qu’elle est riche de tout un parcours artistique débuté à Mudra, l’école ouverte par Maurice Béjart à Bruxelles en 1970, et qui fut dans les premières années un formidable espace de liberté pour les danseurs. Dans leur atelier-théâtre de la rue des Tanneurs à Bruxelles, la réserve de costumes est riche de quantité de personnages… de fantômes de vies passées.

Maïa Bouteillet


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