Anywhere, un Œdipe de glace

Après Impermanence, Élise Vigneron poursuit son exploration de la glace comme expérience extrême de la manipulation.

L’errance, déjà, était au cœur d’Impermanence, premier spectacle du Théâtre de l’Entrouvert. Des petits pieds de glace, on s’en souvient, laissaient des traces d’eau légères autant qu’éphémères, avant de disparaître en vapeur d’eau. Le Théâtre de l’Entrouvert pratique un théâtre de la sensation plus que de la narration, un théâtre visuel et poétique qui compose par petites touches, dans la durée, et parle aux sens plus qu’à la raison…

Quelle formidable idée d’associer la glace et ses métaphores — matériau froid autant que fragile, transparent et mystérieux — au chemin d’Œdipe tel que tracé par le grand Henry Bauchau qui s’intéressa moins au mythe qu’à l’homme, l’humain dénué de tout qui va se reconstruire pas à pas, trouvant en lui les ressources nécessaire à sa transformation.
C’est bien ainsi qu’il nous apparaît, blanc et nu, exposé à tous les vents du destin et du doute, homme gelé mais petit homme sans défense et tout juste debout tel un enfant nouveau né.

De fait, il y a dans la relation d’Élise Vigneron à sa marionnette une inflexion presque
maternelle. La manière délicate dont elle l’accompagne du bout des doigts, dont elle le suit, le prend dans ses bras, le tient dans son giron… Comme si la fille devenait la mère et le père l’enfant. Comme si la patience, la bienveillance et le dévouement d’Antigone permettaient la renaissance d’Œdipe. Et la fonte de sa gangue de glace laissait voie à l’espérance…

Dans son approche de la matière, de l’espace, de la lumière et du son, Élise Vigneron
compose un paysage instable qui fait écho aux différents états d’être d’Œdipe autant qu’aux nôtres. Et son Antigone impose sa présence fascinante.

Une traversée !

Maïa Bouteillet


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