Ce qu’engendre la solitude

Fastoche

Une performance d’acteur au corps squatté par deux marionnettes à taille humaine.

Pierre Tual, on l’a déjà vu à MARTO !, en 2012, dans l’envoûtant Signaux, créé par la jeune marionnettiste norvégienne Yngvild Aspeli. Au générique de ce spectacle, il y avait aussi Polina Borisova et Laura Sillanpää que l’on retrouve toutes les deux pour Fastoche ; tout ce petit monde est très complice depuis les études communes à l’école de marionnettes de Charleville-Mézières.

Avec eux dans cette aventure, il y a aussi Guillaume Hunout qui soutient le jeu au piano et qui signe aussi la lumière et la scénographie. Bref, Fastoche est un solo très pluriel, fruit du travail collectif de jeunes gens très talentueux. Dans Signaux déjà, la solitude était au cœur du sujet, et la frontière très étroite entre la réalité et le monde intérieur du personnage.

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Qu’en est-il au juste dans Fastoche  ? Georges et Jimmy existent-ils réellement ? Ou bien est-on dans la tête du personnage ? À nouveau, on trouve un roman norvégien — Naïf. Super ! d’Erlend Loe — à l’origine du projet. Laura Sillanpää s’en est emparée pour l’adapter au plateau. Ici, la solitude engendre le pluriel. Cette histoire de jeune trentenaire, qui squatte l’appartement de son frère pour se retirer du monde, “mettre sa vie sur pause”, comme le dit Tual, et se retrouve à son tour squatté par d’autres, ses voix intérieures sans doute, offre un huis-clos qui pourrait s’avérer assez angoissant s’il n’était contrebalancé par une bonne dose d’humour.

Cet homme coincé entre deux âges, ce garçon qui peine à prendre sa vie en main, ce pourrait être Pierre Tual lui-même qui, en artiste, se saisit de la marionnette pour explorer toutes les facettes de sa personnalité et se lance au passage un vrai défi d’acteur : donner presque simultanément vie à trois personnages en créant un être à trois têtes.
Cela s’annonce impressionnant !

Maïa Bouteillet

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