Mamie rôtie : la bienveillance faite spectacle

L’histoire d’une mamie en fin de vie narrée par son petit-fils avec pudeur, humour et objets animés.

Qu’elle est attachante cette Mamie rôtie. C’est un peu notre mamie à tous. Comme on ne la voit pas — on la devine seulement, dans son petit lit, sous le grand drap blanc qui respire — on lui substitue aisément la nôtre. Et on aurait bien aimé avoir la délicatesse d’Yvan Corbineau, acteur et jeune homme sensible qui accompagna sa grand-mère à la mort plusieurs mois durant et qui, en poète, écrivit, lors de ses stations à son chevet, des messages, des historiettes, des chansons, des cartes postales et des petits bouts de textes épars sur la famille, la maladie, la fin de vie et sur ce qui se passe dans la tête de quelqu’un qui n’a plus la parole.
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Résultat : des phrases musicales et joueuses comme des ritournelles d’enfants, aussi courtes que le temps était long, aussi légères que l’exigeait la gravité de la situation, des coq à l’âne pleins de fantaisies et, au final, un spectacle plein d’humanité qui donne à rire en même temps qu’à pleurer.
Le vide, l’étrangeté qui s’installe ainsi entre deux personnes, pourtant proches, lorsque l’une est presque sortie de la vie, la fragilité du corps tenu par un dernier souffle, la disparition … Cette triste histoire pourrait s’avérer pesante si le regard qu’Yvan Corbineau nous invite à porter n’était plein d’une innocente évidence, sacrément humain parce que sans tabou et heureusement farfelu, proche de celui des petits enfants lorsqu’ils demandent à un tout vieux s’il va bientôt mourir. C’est pas triste Mamie rôtie, c’est la vie, et c’est même plein de drôleries.

D’abord publiés par un Thé chez les fous en 2011, ces fragments ont connu une première vie sous forme de lecture avec accompagnement musical, puis, l’idée est venue d’en faire un spectacle. Avec ses amis de la compagnie du 7 au soir (fondée après l’école du TNS) et ceux des Ateliers du spectacle (la même bande que le T de N-1) Yvan Corbineau a trouvé la juste forme, la bonne distance et la belle légèreté du théâtre d’objet qui apporte ce qu’il faut de jeu bricolé et de décalage là où les mots affrontent la réalité toute crue.
Au passage, le jeune auteur et fondateur de l’ANP, l’agence nationale pour la poésie, adresse au poète Charles Pennequin un petit signe fraternel.

Maïa Bouteillet

› Halle des Epinettes | Issy-les-Moulineaux