L’Herbe de l’oubli

cie Point Zéro

vendredi 13 mars à 20h30 | Théâtre Victor Hugo | Bagneux

REPRÉSENTER L’INVISIBLE

La compagnie belge Point Zéro mêle vidéo, acteurs et marionnettes pour raviver la mémoire de Tchernobyl.

Des bâtiments désertés envahis par la verdure, des jouets oubliés, des espaces comme soufflés par une explosion, une lumière bleue blafarde, des regards vitreux, des marionnettes fantômes… Bienvenue à Tchernobyl ! 30 ans après la catastrophe nucléaire, Jean-Michel D’Hoop et les acteurs de la compagnie belge Point Zéro se sont rendus en bordure de zone, pour voir, filmer et rencontrer ceux qui sont revenus vivre là, dans le district de Braguin, aujourd’hui classée « Réserve radiologique naturelle ». Ainsi que l’avait fait avant eux — 10 ans seulement après l’explosion du réacteur 4 de la centrale ukrainienne — l’autrice Svetlana Alexievitch qui a consigné toutes les paroles recueillies dans La Supplication. Un livre essentiel. Sa méthode, son écoute, reconnues dans le monde entier, ont guidé leur pas.
De ce voyage au cœur d’une réalité impalpable, où la beauté de la nature n’a d’égale que sa toxicité, ils ont tiré un spectacle documentaire, grave, poignant. L’herbe de l’oubli, c’est l’absinthe, « Tchernobyl » en russe. D’oubli, de mémoire, il est justement question. Les habitants oubliés, tout particulièrement les enfants à la santé chancelante, qui font comme si la vie pouvait reprendre comme avant « Tout est contaminé et tout semble normal, l’herbe est devenue hostile… La mort est partout ». Les 16 villages enterrés, aujourd’hui disparus sous la forêt. « Quelle forêt ! » répète, lors d’une excursion filmée, l’homme qui se souvient encore de l’emplacement de la maison qu’il a fallu quitter précipitamment. La nostalgie de ces gens tellement attachés à leur terre.
Sur scène, une ombre fouille le sol et en retire le petit corps pantelant d’un pantin sans tête. L’ombre guide ses pas. Un peu plus loin gît la tête. Une robe comme sortie du fond d’une armoire centenaire prend doucement vie et se trouve à son tour une tête pareille à un vieux masque. Usé, gris, ralenti. Grandes marionnettes errantes et petites à fil sont comme les fantômes du passé dont la silencieuse présence, baignée d’une irréelle lumière bleutée, contredit, ou au contraire appuie, les témoignages délivrés par les acteurs qui, par comparaison, ont l’air d’être en couleurs.
Un jeune couple qui cultive la terre sans aucun intrants chimiques et rêve de développer des activités touristiques, une femme médecin qui tente en vain d’alerter les autorités sur l’état des enfants (détectés à 100 becquerel par kilo, alors qu’à partir de 30 tout l’organisme s’en trouve affecté), une femme enceinte au moment de l’accident, une vieille dame perdue (« est ce que c’est la guerre ? Pourquoi est ce que nous devons partir ? »), un jeune homme pris de folie suite à l’abattage massif des animaux, une jeune femme qui travaille pour la communication de Tchernobyl, une vieille femme qui livre sa technique pour nettoyer et manger des champignons … Tous ces gens qui n’ont pas d’autre choix que de manger des légumes de leur potager. Environ 10.000 personnes vivent dans la région sinistrée de Tchernobyl. Et toujours ces marionnettes, muettes et sinistres qui hantent le plateau. Comment représenter cette catastrophe invisible ? Une vraie question de théâtre.

Maïa Bouteillet


Le collectif belge Point Zéro nous emmène aux frontières du rire, là où la tragédie humaine devient grotesque et nous interroge sur les conséquences de Tchernobyl le 26 avril 1986. 30 ans après, les comédiens offrent une tribune aux témoins et héritiers de la catastrophe en s’appuyant sur des témoignages des survivants et habitants du No man’s land rencontrés sur place. Le théâtre dépasse le documentaire en mêlant vidéo et marionnette dans un propos terrifiant d’actualité.


« Dans L’Herbe de l’oubli Jean-Michel d’Hoop et les comédiens de la compagnie Point Zéro transmettent avec poésie et talent la parole d’hommes et de femmes retournés dans un univers hautement toxique. Par ignorance ou fatalité. Un spectacle superbement effrayant. » L’Humanité


réservation en ligne


écriture et mise en scène Jean-Michel d’Hoop assisté de François Regout
avec Léone François Janssens, Léa Le Fell, Héloïse Meire, Corentin Skwara, Benjamin Torrini
vidéos Yoann Stehr
musique Pierre Jacqmin
scénographie Olivier Wiame
marionnettes Ségolène Denis assistée de Monelle Van Gyzegem
lumières Xavier Lauwers

durée 1h20

production (cie Point Zéro) Nathalie Kamoun