Bagneux

Né sous une bonne étoile

Emmanuelle Lévy | cie 25 Watts

17 & 18 mars | ven 19h | sam 19h & 21h | Théâtre Victor Hugo


LES OBJETS ONT-ILS UNE MÉMOIRE ?

L’histoire vraie d’une famille rescapée de la Shoah racontée en quelques objets bien trouvés.
Emmanuelle Lévy a beau prendre une petite voix et démarrer son histoire comme une fillette jouerait à la poupée, son adresse au spectateur est sans équivoque. Il n’y a guère que les enfants pour accepter les pastilles de Vichy qu’elle nous offre à mi-course — sans agressivité. Spectacle sur table délibérément positif, Né sous une bonne étoile, qui déroule l’histoire vraie d’une famille rescapée de la Shoah, avance sur deux pattes en alternant les langages scéniques.

D’un côté, un ton presque léger, de l’humour même dans les mots ; de l’autre, des gestes et des objets finement choisis comme ces grandes mains, l’une estampillée de la croix gammée l’autre du drapeau français, qui se congratulent. Ou cette valise, ces chaussures et ces lunettes qui rappellent les souvenirs des déportés. Le vrai mérite de cette création élaborée avec le soutien du Mémorial de la Shoah, c’est qu’elle s’adresse à tous, enfant, adolescents comme adultes et qu’elle est pensée justement à l’endroit de l’adresse, interpellant le spectateur à tout moment dans l’idée que la discussion se prolonge après la représentation.

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Né sous une bonne étoile


D’ailleurs, que savons-nous de nos arrières-grands-parents ? La plupart des spectateurs interrogés s’y perdent dès la 3e ou 4e génération. La question de la mémoire — et ce qui, du passé, nous taraude au présent, ce qui demeure, ce qui se transmet — irrigue le spectacle d’Emmanuelle Levy. Joué dans des établissements scolaires comme dans des théâtres, le spectacle est toujours suivi d’une discussion voire d’interventions en classes ou d’ateliers au long cours comme il est prévu à Bagneux.

La mémoire ici passe d’abord par les objets et par leur portée symbolique, au premier rang desquels une petite boîte à musique dont la comédienne nous avertit qu’elle y tient beaucoup car il s’agit d’un bien de famille. L’autre objet, c’est la valise qui exprime autant le voyage (l’exil, la déportation) dans l’espace que dans le temps.

Le théâtre d’objets c’est une façon de rejouer l’indicible en tenant la douleur à bonne distance.


Maïa Bouteillet


Idée originale, écriture dramatique et interprétation : Emmanuelle Lévy
Aide à l’écriture (texte) : Adeline Dautreppe et Eric de Sarria
Regards extérieurs et conseillères artistiques : Adeline Dautreppe et Léa Ros ( « Anonima Teatro »/ « Cie Contre Ciel »)
Aide à l’écriture (texte et dramaturgie) et à la mise en scène : Eric de Sarria ( « Mots de tête Cie »/ « Cie Philippe Genty »)
Régisseur son et lumière : Mathieu Santoni
Musique : Groupe Untchack Attak (Album Mechouia)
Durée 50 min

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