À travers la Cerisaie

d’après Anton Tchekhov | Vera Rozanova [création]

21 mars | mar 20h30 | Théâtre Jean Arp

RUSSIAN BLUES
_ Adapter La Cerisaie en théâtre d’objet et en 1heure de temps, gonflé non ?
Et pari tenu. Le spectacle apporte une nouvelle preuve, s’il en fallait, que La Cerisaie pièce ultime d’Anton Tchekhov qui a connu bien des versions scéniques, n’est pas prête de se tarir. Œuvre crépusculaire autant que visionnaire, monument de la littérature dramatique maintes fois commentée, la pièce est presque sacrée en Russie et pas loin de l’être en France. Ce qui n’a pas dissuadé Véra Rozanova, jeune artiste Russe passée par l’École nationale supérieure des arts de la marionnette et désormais installée en France, de s’y frotter.

Consciente de l’énormité de l’entreprise entamée en 2014, grâce à un compagnonnage du Théâtre aux mains nues, Véra Rozanova, qui s’est parfois découragée, n’en revendique pas moins sa Cerisaie intime. « Chacun de nous a sa propre Cerisaie, dit-elle. Je ne suis pas Peter Brook ou Peter Stein, je suis une femme russe, née dans une ville, dans un pays, dont les noms ont changé, je vis en France, et je me retrouve comme tant d’autres prise entre deux mondes, deux époques. Cette pièce je la sens, elle me questionne, elle me travaille. Je me retrouve dans chacun des personnages ». À l’évidence, ce spectacle met autant en scène La Cerisaie elle-même que le rapport de la marionnettiste à la pièce et à son pays. Un pays dont elle questionne l’héritage et la dérive.

Tout entier porté par la jeune femme qui assure la narration, les dialogues (avec son bel accent russe), le jeu autant que la mise en place parfois compliquée des objets, le spectacle doit encore gagner en fluidité mais il témoigne avec sincérité d’un manque, d’une douleur liée à l’absence. Certes, un peu de Rozanova se retrouve dans tous les personnages mais on la voit plus encore derrière les traits de la petite marionnette — la seule au milieu de tout un bric à brac d’objets — qui endosse le rôle de Charlotta. L’artiste, l’étrangère, qui n’a personne sur qui se reposer, un personnage secondaire et pourtant essentiel de la pièce.
Longuement mûrie, cette Cerisaie bénéficie de la véritable intelligence dramaturgique avec laquelle Vera Rozanova a sélectionné ses objets pour incarner les personnages et la façon dont elle a imaginé les faire évoluer pour marquer le passage du temps qui est au cœur de la pièce. Un réveil matin pour Lopakhine, ce fils de serf enrichi qui sait que le temps c’est de l’argent et s’apprête à acheter la propriété, un samovar pour Lioubov, qui a laissé son cœur en France et se laisse porter par les événements, et un moulin à café mécanique pour Firs, le serviteur si vieux qu’il fait partie des meubles…

Par moment la jeune femme s’éloigne du texte de Tchekhov pour servir ses commentaires sur l’évolution de son pays. La chambre des enfants qui tire des larmes à Lioubov et à son frère Gaev devient ici le pays natal. Vera Rozanova ira-t-elle jouer là-bas ? Pas sûr que son jeu de poupées russes y soit du goût de tout le monde.

Maïa Bouteillet

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dès 14 ans
Conception, mise en scène et interprétation Vera Rozanova
Création lumière, regard extérieur Lucas Prieux
Création costume Nawelle Aïneche
Création sonore Thomas Demay
Regard sur la chorégraphie Camille Prieux

Soutiens : Théâtre aux Mains Nues, Lieu Compagnie marionnette missionné pour le compagnonnage en Île-de-France (production déléguée dans le cadre d’un compagnonnage de Vera Rozanova)
La Nef - Manufacture d’utopies dans le cadre d’un compagnonnage du Collectif 23h50, soutenu par le Département de la Seine-Saint-Denis.
Institut International de la Marionnette, dans le cadre du programme Création/ Compagnonnage, soutenu par la région Champagne Ardenne. Bouffou Théâtre à la Coque, Theatre Massenet.
Pré-achats : Théâtre Jean Arp - Scène conventionnée de Clamart, Théâtre aux Mains Nues
Le projet À travers la Cerisaie a reçu une aide financière de SPEDIDAM.