L’Institut Benjamenta

d’après Robert Walser | Bérangère Vantusso | cie trois six trente [création]

24 & 25 mars | ven, sam 20h30 | Théâtre Jean Arp

LA MARIONNETTE EN EFFIGIE

Dans L’Institut Benjamenta, adapté par la compagnie trois-six-trente, manipulateurs et manipulés sont traités d’un seul tenant.

Bérangère Vantusso occupe une place à part dans la marionnette. La metteure en scène, qui vient d’être nommée à la tête du Studio théâtre de Vitry, n’est pas marionnettiste. Elle l’a dit assez souvent. Formée comme comédienne au CDN de Nancy, puis en études théâtrales à Paris III — notamment par François Lazaro — elle déboule dans la marionnette par le texte, par la recherche d’une forme idoine pour faire entendre des textes. C’est sa rencontre avec la plasticienne et scénographe Marguerite Bordat (qui travaille aussi avec Joël Pommerat et plus récemment Pierre Meunier) et sa découverte de l’œuvre du sculpteur australien Ron Mueck qui l’ont conduit à la marionnette hyper réaliste, devenue sa marque de fabrique depuis une dizaine d’années. Et sans doute serait-il plus juste d’évoquer des mannequins (pour Violet de Jon Fosse par exemple), des présences (Les Aveugles de Maurice Maeterlinck) ou même des effigies s’agissant de L’Institut Benjamenta. Chaque fois le choix de la marionnette porte une signification dramaturgique en lui-même sans que celle-ci n’ait pour autant besoin d’être manipulée. Recourir à la marionnette pour adapter au théâtre L’Institut Benjamenta, témoigne au moins d’une grande intelligence scénique.

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N’est-il pas question, dans cet étrange roman du Suisse Robert Walser, publié en 1909, d’un pensionnat où l’on apprend à servir, à courber l’échine, à obéir sans discuter ? Méconnu autant que révéré par le petit cercle des admirateurs — au premier rang desquels Frantz Kafka, Robert Musil, Walter Benjamin et Thomas Mann —, Robert Walser a connu une vie d’errance, de menus emplois et d’internement. Devenir “un zéro tout rond” telle est l’ambition du jeune Jakob von Gunten dans ce conte de l’aliénation, qui, paradoxalement, par ses incessantes questions, sème le doute et pilonne le système de l’intérieur en l’épousant avec zèle. D’autant que le sévère M. Benjamenta, qui règne en maître sur cette écurie de garçons, conçoit une attirance pour Jakob qui le rend complètement dépendant. La plus humble des soumissions comme source de plaisir si ce n’est de révolte ? Les connotations sexuelles sont plus flottantes chez Bérangère Vantusso que chez Walser…

Pour cette nouvelle création de la compagnie trois-six-trente, l’espace scénique et le rapport entre l’animé et l’inanimé ont été pensé d’un seul tenant. Avec comme influence revendiquée l’univers visuel des tableaux du peintre contemporain flamand Michaël Borremans. La scène est ici une surface blanche à géométrie variable où l’imaginaire vient se projeter et où les marionnettes, des figurines-tronc sortis de boîtes identiques, apparaissent comme les répliques démultipliées des acteurs. Une déclinaison en série de ces domestiques dont la singularité disparaît sous la livrée. Il n’y a plus d’individu qui tienne mais des employés interchangeables. Le but suprême du parfait servant n’est-il pas d’être toujours présent et invisible en même temps, de s’effacer dans le décor tout en parant à la moindre éventualité ?

L’effet produit par le ballet de gestes des cinq marionnettistes et de leurs créatures est pour le moins troublant. Manipulateurs et manipulés se trouvent pris dans un même mouvement, ne formant qu’une seule et même population de personnages. Par contraste, le jeu de Pierre-Yves Chapalain (qui a également travaillé à l’adaptation du texte), et d’Anne Dupagne, frère et sœur Benjamenta, les seuls à n’avoir pas de double inanimé, acquiert une sorte de relief suspendu qui ouvre le sens jusqu’au fantastique que recèle le conte (im)moral de Walser.

Maïa Bouteillet

› réservation en ligne pour le spectacle


dès 11 ans
Adaptation Bérangère Vantusso et Pierre-Yves Chapalain
Mise en scène Bérangère Vantusso
Collaboration artistique et scénographie Marguerite Bordat
Musique Arnaud Paquotte
Costumes Sara Bartesaghi-Gallo
Lumières Jean-Yves Courcoux
Marionnettes Marguerite Bordat, Einat Landais, Cerise Guyon, Carole Allemand, Michel Ozeray
Perruques Nathalie Régior, Déborah Boucher
Collaboratrice/mouvements Stefany Ganachaud
Avec Boris Alestchenkoff, Pierre-Yves Chapalain, Anne Dupagne, Guillaume Gilliet, Christophe Hanon, Philippe Richard, Philippe Rodriguez-Jorda
Régie générale Philippe Hariga
Régie son Vincent Petruzzellis
Administration et production Christine Tiana
Diffusion et communication Florence Kremper

production : Compagnie trois-six-trente, Théâtre du Nord – CDN Lille Tourcoing Nord-Pas de Calais, Théâtre Olympia – Centre dramatique régional de Tours, Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – Centre dramatique national, Festival d’Avignon, TJP – Centre Dramatique National d’Alsace – Strasbourg, Scènes Vosges - Épinal, FMTM – Festival Mondial des Théâtres des Marionnettes de Charleville-Mézières, Théâtre Jean Arp, scène conventionnée de Clamart, L’Hectare – scène conventionnée de Vendôme.
Avec le soutien de la SPEDIDAM.
Bérangère Vantusso a bénéficié d’une résidence à la Maison du Comédien Maria Casarès. La compagnie trois- six-trente est une compagnie conventionnée par le Ministère de la Culture – Drac Lorraine et bénéficie du du dispositif d’aide au conventionnement des compagnies du Conseil Régional d’Alsace Champagne-Ardenne Lorraine pour la période 2015-2017. L’Institut Benjamenta est édité chez Gallimard – L’imaginaire, Traduction Marthe Robert.